Nasreen Taslima & Fourest Caroline ♦ Libres de le dire

Au cours de leurs conversations, qu’elles mêmes qualifient de « mécréantes », Taslima Nasreen et Caroline Fourest abordent sans tabous quelques sujets qui fâchent : la liberté d’expression a-t-elle des limites? Les religions peuvent-elles être autre chose que des outils de domination ? L’Islam est-il compatible avec la modernité ?

 Les propos de Taslima Nasreen sont traduits par Michel Zlotowski.

Avec la liberté de ton qu´on leur connaît et une lucidité tranchante, Taslima Nasreen et Caroline Fourest confrontent leurs vécus et leurs analyses. Des conversations inédites, profondes et passionnantes.

À la fois très différentes, de par le pays dans lequel elles sont nées, leur parcours ou encore leurs expériences, et dans le même temps très proches, ces deux humanistes combattent chacune à leur manière ceux qui oppriment les femmes et luttent depuis de longues années contre les fanatismes et intégrismes religieux ainsi que contre toute forme de racisme, sexisme ou sectarisme. L’une d’elles (même si elle fait l’objet de menaces) vit libre dans un pays républicain et laïque tandis que l’autre, expulsée de son pays, est insultée et bafouée quotidiennement, menacée de mort, attaquée sans cesse et doit subvenir à ses besoins pour survivre loin de chez elle et changer régulièrement de domicile et de pays.

Elles défendent les droits des femmes, la liberté d’expression, et critiquent sans ménagement l’intégrisme. Taslima Nasreen vit en exil, toujours menacée de mort. Caroline Fourest a subi l’insulte et l’intimidation mais se sent protégée par la laïcité. Elles ne sont pas d’accord sur tout, mais elles s’accordent pour le dire haut et fort : face au fanatisme, la meilleure arme reste de parler librement, sans peur ni tabous. Les religions sont-elles les ennemies des femmes ? L’islam est-il fondamentalement intégriste ? Peut-on se battre sans être trahie par la gauche ou instrumentalisée par la droite ? Le multiculturalisme est-il l’allié objectif de l’intolérance ? Faut-il démocratiser ou séculariser en premier ? L’humanisme a-t-il un avenir ?

Les deux intellectuelles évoquent l’affaire des caricatures de Mahomet, abordent l’oppression des femmes, les intégrismes, la potentielle priorité du sécularisme sur la démocratie avec, pour fil rouge, l’amour de la liberté d’expression. Après un début par moments un peu trop complaisant (elles s’apprécient et s’estiment, on l’a compris), l’échange devient particulièrement intéressant dans la seconde moitié du livre, lorsque leurs désaccords apparaissent. Si, pour Caroline Fourest : « Il existe des croyants qui n’oppriment pas les autres, voire puisent dans la religion la force d’être un peu meilleurs », pour Talisma Nasreen : « Jamais la religion n’a rendu quelqu’un bon. Si jamais elle a un effet, c’est de rendre mauvais les gens. » Ou encore : « Vous pouvez trouver des chrétiens, des juifs ou des hindous modérés, mais il est difficile de trouver des musulmans modérés. » Nasreen dérape, impossible de ne pas s’en apercevoir. Contrairement à Fourest, qui reste du côté de la critique éclairée, elle sombre dans la haine pure et simple du religieux. ‘Libres de le dire’ aura eu le mérite de libérer la parole, et de permettre à chacune des interlocutrices d’exposer ses idées. Dommage que Taslima Nasreen ne l’ai pas fait à meilleur escient.             

 

On apprendra à faire la différence entre l’islam et l’islamisme, entre la religion, le fondamentalisme et l’intégrisme, entre le racisme et la xénophobie, entre le terrorisme et la fatwa ou encore entre le voile, le niqab et la burqa, des notions, des sujets et des noms qu’on utilise mal et confond souvent. Le livre pose également des questions essentielles pour nous aider à réfléchir et à avancer

 

Sur la question de l’islamophobie, elles répliquent également. Taslima Nasreen dit bien qu’elle n’est pas contre l’islam mais contre le fait que l’islam ne traite pas de manière équitable les femmes. Mais pour elle, toutes les religions se rejoignent dans l’oppression faite aux femmes. Voilà contre quoi elle s’insurge : « Quand j’ai commencé à me dire que je devais protester, dit-elle, je n’ai pas pensé à la religion : je voulais m’élever contre les inégalités et les injustices que subissent les femmes. Malheureusement, c’est la religion qui opprime le plus les femmes, particulièrement dans les pays islamiques. (…) Même si la religion était totalement abolie (…) je me battrai toujours – jusqu’à ce que les femmes obtiennent une liberté et une égalité totales. (…) Je suis du côté des femmes parce qu’elles sont opprimées (…), torturées, tuées, violées, discriminées, uniquement parce que ce sont des femmes. »

 

D’autres sujets épineux sont abordés : la pédophilie, l’avortement, la situation en Israël, le poids de la religion dans le pouvoir étasunien avant de revenir sur l’affaire des douze caricatures de Mahomet publiées par un journal danois dont l’un des dessinateurs, menacé plusieurs fois, a été soutenu dans un numéro de Charlie Hebdo dans lequel a collaboré Caroline Fourest. L’occasion est donnée de reparler de la liberté d’expression et de dénoncer le cynisme de la gauche, de dézinguer les lâches, ceux qui se disent libéraux et qui lorgnent du côté des révolutionnaires islamiques, cette « tentation obscurantiste ». « Combien d’organisations de gauche (…) ou de journaux de gauche défendent la liberté d’expression en critiquant l’intégrisme musulman, demande Taslima Nasreen ? Très peu, c’est quelque chose de rare aujourd’hui. » « Personne ne choisit d’être menacée de mort, renchérit Caroline Fourest, de ne plus avoir de chez-soi, de vivre en exil depuis 15 ans pour la gloire d’être un martyr. » D’ailleurs, les quelques pages où Taslima Nasreen témoigne des conditions dans lesquelles elle a vécu (la traque, les cachettes, les tentatives d’assassinats, les amis qui la lâchent, une existence loin de sa langue, de sa famille, de ses amis, de sa patrie, du pays dans lequel elle voudrait vivre) ainsi que celles sur la maladie de sa mère et ses derniers jours de vie (tandis qu’on lui interdit d’être à ses côtés) sont touchantes.

 

Les auteurs :

Taslima et Caroline

Taslima Nasreen (ou Taslima Nasrin, en bengali : তসলিমা নাসরিন) est une femme de lettres bangladaise née le 23 août1962 à Mymensingh au Bangladesh. D’une famille paysanne mais d’un père médecin, elle suit des études de médecine spécialisées en gynécologie et exerce pendant huit ans dans un hôpital public.

Nasreen commença à écrire de la poésie quand elle avait 13 ans. Quand elle est encore au lycée à Mymensingh, elle publie et édite un magazine littéraire, SeNjuti (Lumière dans les ténèbres), de 1978 à 1983.

Elle publie son premier recueil de poèmes en 1986. Son second recueil, Nirbashito Bahire Ontore (Banni à l’intérieur et extérieur) fut un grand succès. Elle réussit à attirer un plus large public quand elle commença à écrire des éditoriaux vers la fin des années 1980, puis des romans, pour lesquelles elle fut reconnue. C’est au début des années 1990 qu’elle commença à écrire des romans, elle écrivit en tout plus de trente livres de poésie, essais, romans, nouvelles et mémoires, et ses œuvres furent traduites dans plus de 20 différentes langues.

Avant de se consacrer définitivement à l’écriture, Taslima Nasreen a tout d’abord été médecin.

A 24 ans, elle publie son premier recueil de poésie et s’emploie dès lors à mettre à nu les racines de l’oppression des femmes. Avec ténacité, elle dénonce en même temps l’escalade de la violence qui frappe son pays à partir de 1988.

Sa propre expérience des violences sexuelles durant son adolescence et son travail comme gynécologue l’influença beaucoup dans ses écrits à propos du traitement de la femme dans les pays musulmans. Ses écrits sont caractérisés par deux éléments : son combat contre l’islam, et sa philosophie féministe. Elle est influencée par Virginia Woolf et Simone de Beauvoir et enfin la Bégum Rokeya, qui vécut du temps du Bangladesh unifié. Elle fut également influencée par le poète Humayun Azad. Ses derniers écrits témoignent de sa proximité avec le Bangladesh et l’Inde.

L’islamisme d’Etat entraîne une féroce persécution de la minorité hindoue, qu’elle décrira dans son roman « Lajja » (« La Honte »).

En 1990, les fondamentalistes islamistes lancent une campagne contre elle, l’agressent à plusieurs reprises et réclament sa pendaison.

La qualité de son œuvre avait cependant déjà propulsé Taslima Nasreen sur le devant de la scène littéraire progressiste au Bangladesh et en Inde ; en 1991, elle reçoit entre autres prix le prestigieux Ananda Literary Award de Calcutta. Mais en 1993, à la parution de « Lajja », le gouvernement interdit la diffusion du livre. L’organisation « Soldats de l’Islam » exige à nouveau sa mise à mort, émettant une première fatwa.

Lorsqu’en 1994 elle déclare dans une interview, que le Coran est dépassé, les autorités lancent un mandat d’arrêt contre elle. Les fondamentalistes brûlent ses livres en public et émettent deux autres fatwas à son encontre. Elle sera expulsée du pays en août 1994, contrainte à une longue errance en Occident. Elle passera les dix années suivantes dans diverses villes d’Europe: en juin 1995, elle choisit d’habiter à Berlin, puis elle habite à Stockholm, New York (où sa sœur réside), et surtout Kolkata, la capitale de l’État indien du Bengale-Occidental, où elle tente d’obtenir la nationalité indienne, qui lui est refusée.

Son exil se prolongera jusqu’au début de l’année 2009, où la ville de Paris l’accueille en tant que « citoyenne d’honneur », alors qu’elle recevait le prix Simone de Beauvoir pour la liberté des femmes l’année précédente. Donnant des conférences dans le monde entier, elle continue de faire de son écriture une arme de lutte.

En 2006, elle écrit dans un article que les femmes ne doivent pas porter le voile intégral, signe d’oppression, ce qui provoque des émeutes et la mort de deux personnes.

En mars 2007, sa tête a été mise à prix par un groupe islamiste indien. La prime pour sa décapitation est de 500 000 roupies (environ 9 000 €).

Fin novembre 2007, elle fuit Kolkata, à la suite de violentes manifestations contre sa présence. Dans les jours suivants, elle est exfiltrée de ville en ville suite à des propos jugés blasphématoires contre l’islam. Par la suite, les autorités indiennes se montreront de plus en plus circonspectes pour la délivrance de ses visas, toujours temporaires, et sa biographie Dwikhandito qui a été interdite en Inde sous sa forme originale, a été modifiée par T. Nasreen pour rendre les autorités indiennes plus compréhensives relativement à ses demandes de séjour dans ce pays.

Mi-février 2008, elle obtient la prolongation de son visa indien pour six mois, jurant que l’Inde était devenu sa seconde patrie et refusant de venir à Paris pour recevoir le prix Simone-de-Beauvoir qui venait de lui être décerné.

Le 19 mars 2008, elle est obligée de se réfugier définitivement en Europe où elle avait déjà été contrainte en 1994 de trouver refuge après avoir été accusée de blasphème par des musulmans radicaux en Inde. La veille, elle avait affirmé que « le gouvernement indien ne vaut pas mieux que les fondamentalistes religieux ». Elle accuse le gouvernement indien d’avoir tenté de la faire tuer par empoisonnement en lui fournissant des médicaments qui ne lui convenaient pas pour son hypertension après l’avoir fait retirer de l’hôpital où elle était soignée.

Le 21 mai 2008, elle reçoit le Prix Simone-de-Beauvoir des mains de Rama Yade, Secrétaire d’État aux Droits de l’Homme, après avoir rencontré la présidente du mouvement Ni putes ni soumises, Sihem Habchi. Elle est faite citoyenne d’honneur de Paris le 7 juillet 2008.

En 2010, des émeutes suite à la publication de l’un de ses articles dans l’état du Karnataka, en Inde, font deux morts. T. Nasreen affirmera ne pas en être l’auteur.

 Alors qu’elle doit faire face à des difficultés financières, la ville de Paris met à sa disposition un logement dans une résidence d’artistes de la capitale qu’elle pourra occuper à partir du mois de février 2009.

Taslima Nasreen a acquis dans les médias occidentaux l’image d’une combattante pour l’émancipation des femmes et la lutte contre ce qu’elle appelle l’obscurantisme religieux de son pays d’origine, le Bengladesh; des études récentes reviennent sur ce qui est présenté comme une construction essentiellement médiatique, et informent sur certaines polémiques qui ont entouré T. Nasreen dans son pays d’origine.

 

Caroline Fourest, née en 1975 à Aix-en-Provence, est une essayiste et journaliste française, féministe, engagée en faveur de l’égalité et de la laïcité.

Titulaire d’un mastère de communication politique et sociale à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et en sciences politiques, elle est titulaire d’un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) de communication politique, obtenu à la Sorbonne. Elle y a étudié la communication de crise, et elle est l’auteur du livre : Face au boycott. Rédactrice en chef de la revue ProChoix, elle donne des cours à l’Institut d’études politiques de Paris. Elle est également chroniqueuse au Monde et à France Culture.

Caroline Fourest travaille en partenariat avec Fiammetta Venner, qui cosigne la plupart de ses textes.

En 1997, elle fonde la revue ProChoix avec Fiammetta Venner et Moruni Turlot.

Éditée par une association du même nom, cette revue s’est donné pour objet de « défendre les libertés individuelles contre toute idéologie dogmatique, liberticide, essentialiste, raciste ou intégriste ». Ses thèmes de prédilection sont la protection de la laïcité, les droits des femmes et des homosexuels. Le nom ProChoix provient de l’anglais prochoice utilisé par les mouvements en faveur du droit à l’interruption volontaire de grossesse. La revue ne se limite cependant pas à la question de l’avortement.

En 1998, elle coécrit avec Fiammetta Venner, Le guide des sponsors du FN. Utilisant de nombreuses sources écrites (publications proches du Front national, documents officiels), le livre dresse la liste de nombreuses entreprises ayant financé ce parti. Il remet également en cause certaines enquêtes précédentes, par exemple concernant le boulanger Lionel Poilâne

En 1999, elle publie, à nouveau avec Fiammetta Venner, Les Anti-PACS ou la dernière croisade homophobe, une enquête sur les mouvements anti-PaCS, leurs liens avec la droite catholique radicale, et Christine Boutin. En annexe, le livre rend aussi publique la liste des maires ayant signé la pétition contre le PaCS.

En 2000, Caroline Fourest publie un livre aux éditions Golias, Foi contre choix : la droite religieuse et le mouvement pro-life, qui étudie la montée en puissance et l’inspiration pro-vie ou « anti-choix » d’organisations chrétiennes intégristes et de leurs alliés du Parti républicain, actifs dans l’entourage de George W. Bush.

En 2003, elle coécrit Tirs croisés avec Fiammetta Venner (Calmann-Lévy, 2003) sur la « laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman ». Le livre ne porte pas sur la religion en tant que telle mais plutôt sur l’« intégrisme », que les auteurs définissent en introduction comme « l’emprise autoritaire, nécessairement politique, qu’exercent certains groupes sur la vie en société au nom de la religion ».

Le livre conclut que si l’intégrisme musulman est bien le plus virulent des trois intégrismes, « ce surcroît de nocivité n’a rien à voir avec la religion mais avec l’instrumentalisation de la religion ». En l’occurrence, selon les auteurs, le phénomène serait dû au fait qu’un nombre élevé de pays à majorité musulmane ne sont pas réellement sécularisés. Pour les deux auteurs, si l’intégrisme musulman est aujourd’hui plus dangereux, la raison n’est pas dans le Coran, mais dans l`absence de laïcité et le manque de démocratie existant dans certains pays arabes et/ou à majorité musulmane.

Après avoir dénoncé presque exclusivement l’extrême droite et l’intégrisme chrétien pendant plus de dix ans, Caroline Fourest dénonce en 2006 dans ses livres – Frère Tariq et La tentation obscurantiste – ce qu’elle désigne comme les rapprochements entre une partie de la gauche et les mouvements islamistes.

Dans Frère Tariq, Caroline Fourest propose une interprétation du discours de Tariq Ramadan, à partir de lectures et d’écoutes de ses livres et cassettes. Selon elle, Tariq Ramadan tient une sorte de « double discours », relativement libéral lorsqu’il s’exprime dans les médias et fondamentaliste et réactionnaire quand il s’exprime devant ses partisans musulmans. Tariq Ramadan affirme qu’elle multiplie les approximations, les erreurs historiques et les mensonges, tandis que d’autres vantent sa rigueur, lui attribuant d’avoir été la première à analyser toutes ses déclarations.

En 2005, elle obtient avec Fiammetta Venner le Prix national de la laïcité, remis par le Comité Laïcité République, les récompensant « pour leurs actions contre tous les fondamentalismes religieux et leurs avatars liberticides, ainsi que pour leur engagement face à l’extrême-droite ».

La Tentation obscurantiste a obtenu le Prix du livre politique 2006 de l’Assemblée nationale. Le livre pose cette question : « la complaisance voire la fascination pour l’islamisme – une idéologie réactionnaire, intégriste et totalitaire – a-t-elle sa place à gauche ? ».

À l’Assemblée nationale lors de la remise du prix, Richard Descoings, directeur de l’Institut d’études politiques de Paris a salué l’ouvrage comme réunissant tout particulièrement les qualités requises pour ce prix : « le sérieux, la capacité au discernement et le courage de dire ». Fait rare, le livre a été plébiscité dès le premier tour, par 80 % des membres du jury composé de journalistes de tous horizons. Les deux précédents livres de Caroline Fourest, Tirs croisés (coécrit avec Fiammetta Venner) et Frère Tariq étaient finalistes les années précédentes. Ce prix n’avait jamais été attribué à une lauréate de trente ans.

Elle continue néanmoins son travail sur l’intégrisme chrétien, notamment dans Charlie Hebdo. Ainsi, en mai 2006, elle publia une analyse du lobbying chrétien contre le film Da Vinci Code. Avec Fiammetta Venner, elle dénonce la radicalisation de l’Église catholique confirmée par Benoît XVI et les campagnes anti-blasphème menées depuis des années par les réseaux chrétiens.

En 2007, Caroline Fourest a publié un livre intitulé Le Choc des préjugés, prenant le contre-pied de la thèse du choc des civilisations, décortiquant les amalgames et réfutant un à un les préjugés aussi bien sécuritaires que victimaires. Le livre, très sévère à l’égard du bilan de Nicolas Sarkozy, propose aux responsables politiques de remettre la question sociale au cœur des politiques pour sauver le vivre-ensemble.

En septembre 2009, Caroline Fourest et sa consœur Fiametta Venner quittent la rédaction de Charlie Hebdo. « L’audace se cherche ailleurs », donnent-elles pour seule explication.

Selon Charlie Hebdo, elle a été menacée sur un forum islamiste au moment de la parution de Frère Tariq, ainsi que sur un forum britannique pour avoir initié le Manifeste des douze intitulé « Ensemble contre le nouveau totalitarisme », traduit et diffusé en plusieurs langues.

Le 31 mars 2004, lors du café littéraire organisé par l’IMA, Caroline Fourest et Fiammetta Venner venues présenter leur livre Tirs croisés, affirment avoir fait l’objet de propos « raciste, sexiste et homophobe » organisés contre sa personne et celle de sa collaboratrice par l’IMA et le Hezbollah. Le 7 avril 2004, l’IMA et de nombreux témoignages démentent ces accusations.

Dans son livre consacré à Tariq Ramadan, elle affirme que « [le] message [de ce dernier] vise moins à faire connaître l’islam qu’à rendre plus acceptable l’islamisme ». Elle lui reproche de chercher « des journalistes suffisamment naïfs ou complices pour devenir les relais de [sa] propagande ». Caroline Fourest affirme également qu’il aurait fait interdire la pièce Mahomet de Voltaire, en 1993. Tariq Ramadan a répondu à cette accusation, la qualifiant de « mensonge éhonté ». Caroline Fourest s’est justifiée sur son blog. Selon Pierre Tevanian, le livre se présente comme une « enquête sur Tariq Ramadan », mais ressemble fort à un pamphlet contre une partie de la gauche française. Selon lui, le livre s’achève par une mise en cause de la Ligue des droits de l’homme, du Monde diplomatique, du MRAP, du journaliste au Monde Xavier Ternisien, du Collectif Une école pour tous et toutes, de la militante féministe Christine Delphy et de quelques autres, qui ont pour point commun non pas une quelconque proximité avec Tariq Ramadan mais simplement le refus de diaboliser Ramadan, et surtout le souci de lutter contre tous les racismes, donc aussi contre l’islamophobie, et enfin l’opposition à la loi interdisant le voile à l’école. À l’instar de Tariq ramadan, Pierre Tevanian accuse « Sœur Caroline », du surnom qu’il lui a donné, qu’en décembre 2003, elle publiait à son sujet un « Communiqué » de deux pages qui contenait une trentaine de contre-vérités.

Elle a engagé des polémiques avec Xavier Ternisien, notamment au sujet du terme « islamophobie ». En effet, Caroline Fourest et Fiammetta Venner affirment que ce mot a été utilisé pour la première fois dans un sens « liberticide » en 1979 par les mollahs en Iran qui « souhaitaient faire passer les femmes qui refusaient de porter le voile pour de « mauvaises musulmanes » ». Xavier Ternisien affirme pour sa part que le mot est bien plus ancien et remonte à 1921. Le journaliste Alain Gresh conteste les théories qui donnent à ce mot une origine iranienne, notant entre autres une utilisation de l’expression « délire islamophobe » dès 1925 en France.

Caroline Fourest portera plainte contre le texte intitulé « Salir un homme » de Xavier Ternisien. Elle perdra son procès contre Xavier Ternisien et le site Oumma.com. Dans un jugement du 19 décembre 2006, la 17ème chambre du tribunal correctionnel de Paris relaxe les prévenus, estimant que « les propos de Xavier Ternissien ne sortent pas du champ de la critique des œuvres de l’esprit et de l’expression libre d’opinions dans le cadre d’un débat d’idée ou, à tout le moins, d’une polémique entre intellectuels ».

Caroline Fourest dénonce régulièrement ce qu’elle considère comme des « errements » du Réseau Voltaire. Avec Fiammetta Venner, elle a interprété les positions et engagements du réseau Voltaire et de Thierry Meyssan, qu’elle estime assez troubles.

L’association Réseau Voltaire reproche à Caroline Fourest de tenir elle-même un double discours : elle est, selon eux, un porte-parole des thèses néoconservatrices et pro-israéliennes auprès d’une certaine partie de la gauche française. Caroline Fourest et Fiammetta Venner affirment de leur côté avoir écrit contre les néo-conservateurs américains ou Israéliens.

Elle critique également Les mots sont importants de Pierre Tevanian, pour ses liens avec les mouvements islamistes au sein des Indigènes de la République, ou des universitaires partisans d’une nouvelle laïcité, comme Raphaël Liogier, professeur des universités à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Dans un débat face à Caroline Fourest sur le plateau de Ripostes, celui-ci a accusé les laïcs de faire preuve d’un « racisme esthétique » à propos du voile. Pierre Tevanian accuse à son tour Caroline Fourest de n’avoir aucune preuve pour étayer cette accusation « dans les trois livres que j’ai publiés, dans les dizaines d’articles que j’ai écrits et dans les plus de 300 textes en ligne sur le site que je co-anime avec Sylvie Tissot, on ne trouve pas une ligne exprimant la moindre connivence ou complaisance avec une quelconque doctrine islamiste ». Le site « les mots sont importants » aurait reçu de sa part deux courriers les menaçant de les poursuivre en justice, si ces textes n’étaient pas « supprimés » dans un délai de quelques jours.

Sous le titre « Les lauriers de l’obscurantisme », Jean Baubérot, Bruno Étienne, Franck Fregosi, Vincent Geisser et Raphaël Liogier protestent dans Le Monde du 18 avril 2006 contre le prix du livre politique décerné à Caroline Fourest. Peu après, Michael Smadja, professeur de philosophie, soutiendra un avis contraire toujours dans Le Monde.

Le Vatican a accusé Fiammetta Venner et Caroline Fourest d’avoir voulu déstabiliser le pape Benoît XVI en organisant la diffusion des propos de Richard Williamson trois jours avant sa réintégration et celle de trois autres évêques lefebvristes dans l’Église catholique romaine, ainsi que d’être proche de l’obédience maçonnique du Grand Orient de France. Caroline Fourest y a répondu dans l’une de ses chroniques sur France Culture.

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