Kellerman Jesse ♦ Les visages

Le roman commence dans une galerie d’art, plus précisément celle dont Ethan Muller est propriétaire. Et si certaines de ses expositions ont rencontré quelques succès, les temps sont durs. Il est appelé par l’homme de main de son père car ceux-ci ont découvert une énorme quantité de dessins tous rangés dans des cartons de ramette de papier dans un des appartements des Muller Courts (une des nombreuses propriétés de son père). Chaque dessin est numéroté et se colle avec le numéro suivant formant ainsi une gigantesque fresque. Leur mystérieux auteur, Victor Crack, a disparu corps et âme, après avoir vécu reclus près de quarante ans dans un appartement délabré des Muller Courts. Personne ne semble le connaître, ni savoir où il est. Inconnu, mais génial. Disparu, mais auteur d’une œuvre exceptionnelle, hors du commun : une série de dessins formant un gigantesque puzzle, une cartographie de visages et de silhouettes époustouflante et tout autant énigmatique.

Lorsque Ethan Muller met la main sur cette série de dessins d’une qualité exceptionnelle, il sait qu’il va enfin pouvoir se faire un nom dans l’univers impitoyable des marchands d’art. Ces dessins représentent une valeur exceptionnelle à ses yeux. Fasciné par le talent de Clarke, flairant le caractère extraordinaire de ces dessins, et avide de succès et d’argent, il organise son exposition sans plus en savoir sur son auteur, un certain Victor Cracke. Dès que les dessins sont rendus publics, la critique est unanime : c’est le travail d’un génie.

Mais les ennuis commencent lorsqu’un flic à la retraite, McGrath, prend contact avec Ethan et attise sa curiosité. Il reconnaît sur certains portraits les visages d’enfants victimes des années plus tôt d’un mystérieux tueur en série. Et notamment le visage d’un enfant, Eddie Cardinale, enfant étranglé il y a une quarantaine d’années et dont le coupable n‘a jamais été trouvé. Ethan va alors se lancer dans une enquête qui va bien vite virer à l’obsession. Par ailleurs, Ethan reçoit une lettre, signée de Victor Cracke, dans laquelle le seul mot «ARRETE » est écrit 300 fois. Cette fois, c’en est trop, Ethan se lance dans l’enquête, sur la base des indices dévoilés par cet homme à la retraite, avec la complicité de sa fille, procureur.

C’est le début d’une spirale infernale à l’intensité dramatique et au coup de théâtre final dignes des plus grands thrillers.

Ethan, en rupture avec sa famille, ne pourra que replonger dans l’histoire familiale et renouer avec cette filiation qu’il rejette tant. Elevé dans des hôtels particuliers par des gouvernantes, ignoré par son père à la mort de sa mère, le jeune homme, devenu un pilier du marché de l’art new-yorkais après avoir jeté sa gourme et brûlé ses ailes dans la drogue et les filles faciles, va s’immerger dans un milieu inconnu quoique propriété de sa famille : le Queens, les Muller Courts, véritable ville dans la ville, avec ses cloaques, ses rebuts et ses laissés pour compte d’une société qui méprise les faibles, faibles qui se révèlent au final bien plus libres que le jeune homme. Partagé entre deux femmes, Marylin, galeriste toute puissante et de vingt ans son aînée et Samantha, la fille du policier Mc Grath, issue d’un milieu modeste, Ethan plonge dans une enquête qui le ramènera à ses propres origines, et par là-même à l’homme qu’il est réellement.

 Ce premier roman de Jesse Kellerman est un thriller différent, hypnotique, obsédant.

Plus qu’un polar, ce roman est d’abord une réflexion souvent ironique, et lucide, sur l’art contemporain à New York, un monde cynique et opportuniste. Mais c’est aussi et surtout une histoire de filiation, une histoire qui relie habilement passé et présent, et dont les visages qu’il révèle sont autant ceux des tableaux, des victimes que les vrais visages, à nu, d’un père et son fils. Après chaque chapitre concernant Ethan et Victor, des interludes nous ramènent dans le passé et nous font connaître la famille d’Ethan, du premier colon juif, Solomon Muller, arrivé à la fin du 19ème siècle dans cette Terre Promise que furent les Etats-Unis pour les juifs allemands. Au fil des interludes, en faisant des sauts dans le temps, Jesse Kellerman dresse le portrait de la dynastie créée par Solomon Muller à force de travail, d’acharnement et de renoncements : argent, fortune et renommée, alliés à la rage de vaincre pour établir une lignée de puissants et asseoir la dynastie, assistés par les femmes qui seront encore plus fermement acharnées à maintenir la réputation sociale de la famille, quitte à écraser tout ce qui peut affaiblir leur nom.

C’est aussi l’histoire d’un homme qui s’est « mal comporté », et qui peu à peu va tisser des liens inattendus avec son passé. Un homme qui, à l’image de ce roman, est plutôt antipathique, et va nous emporter bien malgré nous dans son histoire.

L’intérêt de ce thriller, c’est aussi de montrer un homme écartelé, Ethan. Entre deux femmes (l’une représentant son passé, cynique et indépendante, l’autre son potentiel avenir, plus douce et tentant de le relier à des racines). Entre deux vies possibles.

 

L’auteur :

  Jesse Kellerman, né le 1er Septembre 1978, à Los Angeles, Californie , est le fils aîné des romanciers à succès mystère Faye et Jonathan Kellerman .

 Ses parents, les Drs. Jonathan and Faye Kellerman, ont été respectivement, un psychologue clinicien et un dentiste non-pratiquant. Le point de vue de cette dernière étant un peu comme celle d’un non-pratiquant bouddhiste, dans la mesure où les dentistes et les bouddhistes croient que la vie est douleur.

 Jesse Kellerman a trois sœurs plus jeunes, toutes les trois ayant le don de l’écriture. Le temps dira si elles choisissent l’écriture.

 Il est un Juif orthodoxe, comme le sont ses parents. Jesse Kellerman a côtoyé des juifs orthodoxes en école primaire et secondaire. Avant l’université, il a pris une année sabbatique pour étudier dans un séminaire en Israël.

 Ensuite il s’est inscrit à l’Université Harvard, où il a étudié la psychologie, en mettant l’accent sur l’évolution et le comportement antisocial.

 Son véritable intérêt a été le théâtre, et, il a eu la chance de travailler avec des acteurs très bons sur certaines pièces excellentes.

 Après avoir obtenu son diplôme, il a pris le train de banlieue à l’Université Brandeis et deux ans plus tard, il était devenu dramaturge. Ses pièces primées ont été produites à travers les États-Unis et au Festival Fringe d’Édimbourg.

 Dix jours plus tard il se mariait avec Gabriella, qui devient le centre de sa vie. Il réside actuellement à New York avec elle et son fils Oscar.

Il a publié quatre romans: « Coup de soleil » (2006), « Trouble » (2007), « The Genius » (2008), et « l’exécuteur testamentaire » (2010).

En 1994, il a publié un livre de poésie pour enfants : « Papa, papa, vous pouvez toucher le ciel? », avec Jonathan Kellerman.

Pour un temps il a été guitariste comme chef de file pour le groupe de rock indien basé à Los Angeles.

En 2003, il a remporté le Prix Princesse Grace, qui reconnaît les talents émergents dans le théâtre, la danse et le cinéma aux Etats-Unis. Cela lui a permis de prendre une année sabbatique et d’écrire son livre « insolation ».

En Juin 2004, le livre a été accepté pour publication.

Les Visages est son premier roman publié en France. Il a remporté le Grand Prix des lectrices de « Elle » en  2010.

 

Livre audio : 14h06mn

Texte intégral lu par Hervé Bernard Omnès

  Hervé Bernard Omnes est un comédien, voix-off, ainsi qu’auteur-adaptateur et metteur en scène, né le 9 novembre 1966 à Dinan, en Bretagne.

 Parent de l’artiste plasticien Raymond Hains, il étudie au conservatoire d’art dramatique de Rennes et il fait ses débuts sur les ondes de radios libres.

 Depuis 1984, il travaille beaucoup comme voix-off, pour la télévision et la radio. Habillage de TF1, TPS, Canal+, publicités et documentaires. Il a aussi travaillé avec Brigitte Lahaie, comme chroniqueur, sur RMC info.

 En 2004, il décide de créer sa société de production Itaï Doshin, pour mener à bien certaines aventures artistiques qui lui tenait à coeur.

 Il a adapté et mis en scène Le Projet Laramie de Moisés Kaufman en 2006. La pièce est publiée à L’avant-scène.

 Il compose des mises en scène autour de textes de Jean-Marie Gourio et Jean-Claude Grumberg, pour « Vive la France » de Régis Jauffret, ainsi que des  Microfictions…

 En 2007, il a écrit « 19:43 Hyperbole » pour les rencontres à la Cartoucherie au Théâtre de la Tempête et « Joyeux Noël Mademoiselle Garbo » en collaboration avec Philippe Villiers.

 En 2009, il met en scène « Mères…veilleuses » de Sylvie Chastain au théâtre de l’épée de bois, à la cartoucherie. Ce spectacle sera repris au festival Un automne à tisser.

 Il vit actuellement à Paris dans le 4ème arrondissement.

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