Adler Laure ♦ A ce soir

Un matin, Laure Adler fut victime d’un accident de voiture qui aurait pu la tuer. Le soir, un coup d’œil à sa montre, qui s’est arrêtée au moment de la collision, lui rappelle que ce jour-là est celui de la date anniversaire de la mort de son enfant.

Voilà dix-sept ans qu’a commencé la longue descente aux enfers, éclairée de quelques lueurs d’espoir. Dix-sept ans que Laure Adler se demande: «Si j’avais été là, si je n’étais pas partie travailler, est-ce que j’aurais pu sauver Rémi ?», «Si on l’avait emmené dans un autre hôpital plus performant, aurait-il guéri?» Autant de questions qui resteront à jamais sans réponse.

Laure Adler raconte l’histoire d’un deuil, celui de son enfant disparu il y a dix-sept ans. La perte crée une blessure qui ne cicatrise jamais. Elle raconte comment elle a « survécu » à la mort de son fils Rémi. Ce sont des souvenirs, ceux d’une grossesse inattendue et heureuse, des instantanés, fragiles, l’arrivée du bébé, les échanges entre mère et fils. Puis des images de la mort à l’œuvre, le difficile travail du deuil quand le temps ne veut rien effacer

Rémi s’est éteint le treize juillet, une date que Laure Adler ne pourra jamais oublier.

Désormais, il y aura toujours la vie avant et la vie après le drame. On peut surnager mais pas oublier. Il est possible même de s’amuser, de rire, de travailler, d’aimer, mais de guérir, jamais.

De ce que l’on a qualifié de mort subite. Rien ne fut cependant moins subit que cette disparition-là puisqu’il est resté des mois en soins intensifs, se battant dans la mesure de ses moyens de bébé pour s’en sortir.

Laure Adler cherche à faire vivre son fils perdu au travers de sa propre vie et au travers de ce récit. Elle revient sur les mois qui ont précédé la naissance de celui qu’elle nommera Rémi, sur la courte vie qu’elle a pu partager avec lui, et sur le bonheur qui existait alors, jusqu’à ce fameux jour où l’enfant se retrouve à l’hôpital, sanglé et entouré de machines. Elle se remémore les urgences, la panique, l’incompréhension et l’indifférence de certains : « Mais il est déjà bien tard, madame, je ne sais pas si on vous laissera entrer et il faut d’abord remplir les papiers »…

Il s’ensuit alors un long combat, celui d’une mère pour la survie de son fils, quitte à refuser de voir la réalité en face, celle qui dit que Rémi est condamné.

Laure Adler comprend aujourd’hui, alors qu’elle écrit, à quel point elle a pu se voiler la face quant à la possibilité de rétablissement de son fils, combien elle a pu espérer durant toutes ces semaines qui semblent une éternité. « On appelait la famille. On leur disait que tout allait mieux, que le pire était derrière nous, qu’il allait s’en sortir, que tout ce qui s’était passé ne serait, bientôt, plus qu’un mauvais souvenir. Que de phrases peut-on prononcer, répéter en toute bonne foi quand, de toutes ses forces, on prend son désir pour une réalité ».

Pourquoi écrire ce récit aujourd’hui, près de vingt ans après la disparition de son fils? Parce que la vie a de drôles de rattrapages.

 

L’auteur :

Laure Adler, née Clauzet, est une journaliste, écrivaine, éditrice et productrice française, née le 11 mars 1950 à Caen (Calvados).

Fille d’un ingénieur agronome, Laure Clauzet est élevée en Côte-d’Ivoire à Abidjan jusqu’à ses 17 ans et passe son bac en France.

Elle rentre en France en 1967.

En 1968, elle rencontre l’ethnologue Fred Adler qui devient son premier mari et dont elle gardera le nom pour sa vie publique. Mariée au producteur de France Culture, Alain Veinstein.

Elle a perdu un enfant, sujet auquel elle consacre un livre chez Gallimard, sur le travail de deuil.

Après avoir obtenu une maîtrise de philosophie, elle réalise une thèse d’histoire consacrée aux féministes du XIXe siècle, puis entre à la chaîne de radio publique France Culture en 1974.

Elle participe régulièrement à l’émission de Michel Polac, Droit de réponse, entre 1981 et 1987.

En 1989, François Mitterrand l’appelle comme conseillère à la culture.

Elle aborde la télévision en 1993 en reprenant pour France 2 l’émission nocturne de débats culturels créée par Michel Field, Le Cercle de minuit, pendant quatre ans ; puis sur Arte avec l’émission mensuelle d’entretiens Permis de penser.

À partir de 1995, elle est membre du jury du prix de l’écrit intime.

En 1997, après avoir collaboré avec les éditions Payot, Denoël et Plon, elle intègre la maison Grasset, en tant que responsable des essais et documents.

En 1998, Laure Adler publie une biographie de Marguerite Duras. Alain Vircondelet dénonce alors une « escroquerie intellectuelle » et l’accuse d’avoir « cannibalisé » son travail ainsi que celui d’autres écrivains ou journalistes comme Christine Blot-Labarrère sans références ou citations. Bien que les accusations de Vircondelet fussent totalement ignorées, ces références et citations seront rétablies par Gallimard à partir de l’édition de poche.

La même année, elle devient directrice de la collection « Partage du savoir », aux Presses universitaires de France.

En janvier 1999, elle est nommée directrice de France Culture, poste dont David Kessler a pris la succession en septembre 2005. Au cours de cette période, elle remanie en profondeur l’image et la programmation de la chaîne, malgré de virulentes contestations de la part de plusieurs associations d’auditeurs comme sosfrancecultureou ddfc et de certains des journalistes et producteurs de la chaîne. Durant ces années 1999-2005, en moyenne et selon Médiamétrie l’audience journalière augmente plus que significativement mais la durée d’écoute diminue.

Certains de ses contempteurs à Radio France lui reprochaient une vision utilitariste de la culture et considéraient sa gestion comme étant par trop dirigiste voire caractérisée par la politique du renvoi d’ascenseur. Les critiques de son action à la tête de France Culture ont également porté sur la réactivité de la chaîne à l’actualité. Le fer de lance de son mandat fut de substituer à la diffusion du patrimoine culturel le décryptage de l’actualité, repris et ressassé tout au long des programmes. Elle reprend un temps l’émission À voix nue, dont le principe — des séries d’entretiens — garantissait une certaine diversité par un système de producteurs tournants.

En décembre 2005, elle quitte Radio France aux fins de rejoindre le groupe La Martinière et prendre la direction du secteur Littérature et Documents des éditions du Seuil. En décembre 2006, elle est licenciée de ses fonctions.

En mars 2007, elle a signé avec 150 intellectuels un texte appelant à voter pour Ségolène Royal, « contre une droite d’arrogance », pour « une gauche d’espérance ». En 2008, elle donne des cours d’histoire des femmes et du féminisme à l’Institut d’études politiques de Paris.

Elle présente actuellement Studio Théâtre sur France Inter et anime depuis plusieurs années l’émission littéraire Tropismes sur France Ô et Hors-Champs sur France Culture. Elle est membre du Conseil d’Orientation du think tank En Temps Réel, membre du Conseil d’administration du Théâtre de la Ville à Paris ainsi que de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse et membre du conseil de surveillance du quotidien Le Monde.

Elle anime, avec Bruno Racine, l’émission Le Cercle de la BNF, en collaboration avec Le Magazine littéraire et fait partie, à partir de 2009, du jury du prix de la BnF. En 2009, elle participe à la Commission Culture et Université présidée par Emmanuel Ethis.

Laisser un commentaire