{"id":8489,"date":"2021-03-06T08:38:47","date_gmt":"2021-03-06T07:38:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?p=8489"},"modified":"2021-12-13T10:53:37","modified_gmt":"2021-12-13T09:53:37","slug":"carles-emilie-%e2%99%a6-une-soupe-aux-herbes-sauvages","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/carles-emilie-%e2%99%a6-une-soupe-aux-herbes-sauvages\/","title":{"rendered":"Carles Emilie &#x2666; Une soupe aux herbes sauvages"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?attachment_id=8482\" rel=\"attachment wp-att-8482\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-8482\" src=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Une-soupe-aux-herbes-sauvages.jpg\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"253\" srcset=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Une-soupe-aux-herbes-sauvages.jpg 800w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Une-soupe-aux-herbes-sauvages-183x300.jpg 183w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Une-soupe-aux-herbes-sauvages-768x1259.jpg 768w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Une-soupe-aux-herbes-sauvages-625x1024.jpg 625w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Une-soupe-aux-herbes-sauvages-220x361.jpg 220w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a>Emilie Carles, 1900-1979, une institutrice comme on en fait plus\u2026 D&rsquo;abord, parce que maintenant, on \u00ab forme \u00bb des Professeurs des \u00c9coles \u00bb et ensuite parce qu&rsquo;on ferme les \u00e9coles de campagne, particuli\u00e8rement en montagne. Or l&rsquo;\u00e9cole et la montagne sont les deux centres d&rsquo;int\u00e9r\u00eat principaux d&rsquo;Emilie Carles\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more-->Ajoutons \u00e0 cela un engagement politique autour des mouvements anarchistes et libertaires, ainsi qu&rsquo;un combat local contre la travers\u00e9e de sa ch\u00e8re montagne par une autoroute, pour fignoler le portrait. N\u00e9e avec le vingti\u00e8me si\u00e8cle dans le petit village de Val-des-Pr\u00e9s des Hautes-Alpes, \u00c9milie Carles est la seule, des six enfants de sa famille, \u00e0 poursuivre des \u00e9tudes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00ab Une soupe aux herbes sauvages \u00bb,<\/em><\/strong> roman tr\u00e8s largement autobiographique d&rsquo;une petite paysanne devenue institutrice engag\u00e9e, raconte sa vie durant 77 ans, traversant deux guerres, dans une vall\u00e9e enclav\u00e9e des Hautes Alpes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0Cette vie commence dans le Brian\u00e7onnais o\u00f9 la petite <strong>\u00c9milie<\/strong> na\u00eet, avant-derni\u00e8re d\u2019une famille de paysans qui compte cinq enfants. \u00c0 quatre ans, elle devient orpheline de m\u00e8re quand celle-ci meurt foudroy\u00e9e dans un champ en pleine moisson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous sommes au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle, et la vie est tr\u00e8s dure pour les paysans dans ces montagnes. Ils parviennent tout juste \u00e0 cultiver de quoi se nourrir, ils n\u2019ont que trois mois d\u2019\u00e9t\u00e9 qui sont une course contre la montre pour pouvoir r\u00e9colter tout ce dont ils auront besoin pendant les longs mois d\u2019hiver.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019auteur nous raconte la duret\u00e9 et la rudesse de ce milieu, hant\u00e9es par la jalousie, les mesquineries, l\u2019alcoolisme. La vie d\u2019un enfant compte si peu\u00a0: beaucoup viennent, un peu moins repartent. A 6 ans, elle fait une chute qui aurait d\u00fb \u00eatre mortelle\u00a0: son p\u00e8re n\u2019appelle pas le m\u00e9decin, car \u00e7a ne se fait pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Elle r\u00e9cup\u00e8rera d\u2019elle-m\u00eame. Plus tard, \u00e0 l\u2019\u00e9cole, elle devra mener de front ses \u00e9tudes \u2013 car elle veut \u00eatre institutrice \u2013 avec les travaux des champs. Difficile dans un monde o\u00f9 l\u2019instruction est vue d\u2019un mauvais \u0153il, o\u00f9 lire est une activit\u00e9 de feignant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il en fallait alors de la volont\u00e9 pour travailler aux champs de 5 \u00e0 7 heures avant de faire 7 kms pour aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole! Si Emilie a pu poursuivre sa scolarit\u00e9, elle le doit au d\u00e9marchage de la directrice. Elles se sont malgr\u00e9 tout heurt\u00e9es \u00e0 l&rsquo;opposition du p\u00e8re, mais aussi des fr\u00e8res et s\u0153urs qui travaillaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la ferme. On voit ainsi toute l&rsquo;importance qu&rsquo;eurent les bourses car si en plus il avait fallu payer!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis vient la Grande guerre qui bouleverse la vie du village. Les hommes vaillants s\u2019en vont. Un des fr\u00e8res d\u2019<strong>Emilie<\/strong>, un jour de permission, lui ouvre les yeux sur l\u2019horreur de la guerre et l\u2019absurdit\u00e9 du patriotisme. Le monde de la jeune fille s\u2019\u00e9croule. Ce fr\u00e8re repart au front et ne reviendra jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s la guerre, \u00e0 seize ans, elle quitte la vall\u00e9e et monte \u00e0 Paris pour poursuivre ses \u00e9tudes afin d&rsquo;obtenir son dipl\u00f4me d&rsquo;institutrice. L\u00e0, ses amis anarchistes continueront \u00e0 la convaincre de l\u2019injustice du monde et que les choses doivent changer. Monde nouveau, id\u00e9es nouvelles<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Forc\u00e9e d\u2019interrompre ses \u00e9tudes et de rentrer au pays pour raisons de sant\u00e9, elle est institutrice dans des petits hameaux avant de revenir dans son village natal o\u00f9 elle pourra aider son p\u00e8re. Elle cumulera le m\u00e9tier d\u2019enseignante avec les travaux de la ferme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle prom\u00e8ne une force tranquille, une sant\u00e9 \u00e0 toute \u00e9preuve, une joie m\u00eame \u00e9tonnante. Dans ce monde des campagnes qui ne croit qu&rsquo;\u00e0 Dieu et \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9, elle professe f\u00e9minisme, anarchisme et pacifisme. Comme ses petits-enfants, aujourd&rsquo;hui. Elle n&rsquo;accepte aucune fatalit\u00e9, aucune soumission. Et se bat au nom d&rsquo;un id\u00e9al que rien n&rsquo;entamera. Elle apprendra \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves la tol\u00e9rance, le refus de la guerre et la fiert\u00e9 de leurs traditions paysannes&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus tard, elle se marie avec Jean <strong>Carles<\/strong>, un ouvrier qui parvient \u00e0 la s\u00e9duire par sa culture et ses id\u00e9es politiques. Quelles difficult\u00e9s pour faire accepter son mariage parce que le futur n&rsquo;avait pas de biens! C\u2019\u00e9tait un ouvrier plut\u00f4t anarchiste, il faudra de la volont\u00e9 \u00e0 Emilie pour braver la vindicte familiale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours, que ce soit pendant son enfance o\u00f9 seul le travail \u00e0 sa place, ou plus tard quand elle remet en cause ses id\u00e9es politiques, la figure du p\u00e8re est l\u00e0. Un p\u00e8re courage qui doit s\u2019en sortir sans femme. On sent qu\u2019il aime ses enfants m\u00eame si sa dignit\u00e9 \u2013 tout le monde se doit d\u2019\u00eatre digne dans ce milieu \u2013 l\u2019emp\u00eache de manifester cet amour. Quand il sera vieux, c\u2019est <strong>Emilie<\/strong> et son mari qui le soutiendront.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est s\u00fbrement gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019amour de ce p\u00e8re pour ses enfants qu\u2019elle t\u00e9moignera d\u2019autant de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et d\u2019altruisme dans sa vie, et sans doute aussi gr\u00e2ce \u00e0 cet amour qu\u2019elle parviendra \u00e0 faire face aux terribles coups du destin qui la frapperont.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Au long des pages, on suit les p\u00e9rip\u00e9ties de la fillette, puis de la femme, jusqu\u2019\u00e0 sa vieillesse et son dernier combat pour sauver sa vall\u00e9e, avec un grand int\u00e9r\u00eat. C\u2019est un t\u00e9moignage passionnant sur la vie d\u2019un petit village de montagne, et sur une \u00e2me g\u00e9n\u00e9reuse.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Elle nous d\u00e9crit la vie en montagne et la difficult\u00e9 de cette vie m\u00eame au plus pr\u00e8s des montagnards : trente-deux chapitres comme autant de chroniques\u2026qui traitent du quotidien. La rudesse de la vie paysanne est fort bien d\u00e9crite, l&rsquo;attachement \u00e0 la terre plus qu&rsquo;aux enfants, les mariages arrang\u00e9s qui avaient \u00e9galement lieu chez les plus pauvres, pour des questions de patrimoine, l&rsquo;absence de bonheur, le travail \u00e0 outrance et la fatalit\u00e9 comme horizon, et, petite lueur d&rsquo;espoir, les changements lents dans les mentalit\u00e9s des gens.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le livre est un peu oubli\u00e9 de nos jours. Publi\u00e9 \u00e0 titre posthume au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, il a pourtant connu un grand succ\u00e8s. Peut-\u00eatre parce qu\u2019il sonnait le glas d\u2019un monde qui venait de dispara\u00eetre pendant les trente glorieuses\u00a0: la paysannerie.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;auteur :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?attachment_id=8480\" rel=\"attachment wp-att-8480\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-8480\" src=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Emilie-carles.png\" alt=\"\" width=\"278\" height=\"312\" srcset=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Emilie-carles.png 515w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Emilie-carles-267x300.png 267w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Emilie-carles-220x247.png 220w\" sizes=\"(max-width: 278px) 100vw, 278px\" \/><\/a>\u00c9milie Carles<\/strong>, n\u00e9e <strong>\u00c9milie Allais<\/strong> le 29 mai 1900 \u00e0 Val-des-Pr\u00e9s au nord-est de Brian\u00e7on (Hautes-Alpes) et morte le 29 juillet 1979 (\u00e0 79\u00a0ans) \u00e0 Val-des-Pr\u00e9s, est une institutrice et femme de lettres fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle est l&rsquo;auteur du r\u00e9cit autobiographique <strong><em>Une soupe aux herbes sauvages<\/em><\/strong> (1977, deux ans avant sa mort, traduit en plusieurs langues) puis du livre posthume <strong><em>Mes rubans de la Saint-Claude<\/em><\/strong> (1982)- \u00a0titre en rapport avec l&rsquo;\u00c9glise Saint-Claude de Val-des-Pr\u00e9s au hameau du Serre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle a tourn\u00e9 un t\u00e9l\u00e9film avec Annie Girardot, une sorte de t\u00e9l\u00e9film autobiographique, o\u00f9 elle joue l&rsquo;institutrice retrait\u00e9e. Un film inspir\u00e9 de sa vie et de son premier livre <em>Une soupe aux herbes sauvages<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa vie est une succession de joies, de peines, de travaux, d\u2019efforts pour aider sa famille, prot\u00e9ger son cadre de vie et mener une existence conforme \u00e0 son id\u00e9al libertaire et pacifiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9milie Carles est n\u00e9e dans une famille de petits cultivateurs dans un village montagnard. Elle avait cinq fr\u00e8res et s\u0153urs. L\u2019exploitation de la ferme exigeait beaucoup de travail pour une mince quantit\u00e9 de productions. Sa m\u00e8re mourut \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de trente-six ans, en travaillant, foudroy\u00e9e dans un champ lors de l\u2019\u00e9t\u00e9 1904. \u00c9milie avait quatre ans. Rapidement ses journ\u00e9es furent remplies doublement\u00a0: \u00e0 l\u2019\u00e9cole pour apprendre, \u00e0 l\u2019\u00e9table et dans les champs pour participer aux travaux de la famille.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle avait un projet\u00a0: devenir institutrice. Elle a \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aimais aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole, j\u2019aimais l\u2019\u00e9tude, j\u2019aimais lire, \u00e9crire, apprendre. D\u00e8s que je suis all\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole, je me suis sentie chez moi et c\u2019est l\u00e0 que je me suis \u00e9panouie.\u00a0\u00bb Elle fut la seule de la famille \u00e0 poursuivre des \u00e9tudes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1916, elle partit \u00e0 Paris pour continuer \u00e0 \u00e9tudier et acqu\u00e9rir son dipl\u00f4me d\u2019institutrice. Elle y d\u00e9couvrit le milieu des pacifistes et des anarchistes et fut sensible \u00e0 leurs id\u00e9es. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 14 ans, elle s\u2019\u00e9tait forg\u00e9e des id\u00e9es anti\u00admi\u00adli\u00adta\u00adris\u00adtes. Les r\u00e9cits de ses fr\u00e8res, mobilis\u00e9s sur le front de la guerre 1914-1918 et ses relations durables avec les mouvements anarchistes parisiens l\u2019avait convaincue de l\u2019absurdit\u00e9 des guerres et de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019agir pour construire un monde meilleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques ann\u00e9es plus tard elle fut atteinte de tuberculose et dut revenir vivre \u00e0 l\u2019air pur de ses ch\u00e8res montagnes. Elle enseigna alors dans diff\u00e9rentes \u00e9coles et v\u00e9cut dans des conditions mat\u00e9rielles rudimentaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019abord ins\u00adti\u00adtu\u00adtrice en rem\u00adpla\u00adce\u00adment en 1923 aux Gourniers de R\u00e9allon, puis \u00e0 Val des Pr\u00e9s, \u00c9milie devint ma\u00ee\u00adtresse \u00e0 l\u2019\u00e9cole mater\u00adnelle des Alberts, puis du Villar\u00e9 en 1934, puis revient \u00e0 Val des Pr\u00e9s en 1951 pour \u00eatre nomm\u00e9e ins\u00adti\u00adtu\u00adtrice titu\u00adlaire de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1927, elle rencontra Jean Carles, son futur compagnon de onze ans son a\u00een\u00e9. Il \u00e9tait libertaire, pacifiste et libre-penseur. L\u2019accord entre ces deux \u00eatres est total et ils vont se lancer \u00e0 corps perdu dans le militantisme avec beaucoup de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et d\u2019ouverture d\u2019esprit, tout en continuant leur labeur quotidien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale, Jean avait refus\u00e9 ses m\u00e9dailles militaires et sa pension d\u2019ancien combattant. Tous deux men\u00e8rent une vie militante de combats pour leurs id\u00e9aux. Avec lui, elle lutte contre l\u2019injus\u00adtice, la guerre, le racisme, le patriar\u00adcat et la sou\u00admis\u00adsion des femmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1936, le gouvernement fran\u00e7ais du Front populaire cr\u00e9a les premiers cong\u00e9s pay\u00e9s pour les salari\u00e9s. Dans leur village de Val-des-Pr\u00e9s, Jean et \u00c9milie trans\u00adfor\u00adment la grande ferme fami\u00adliale en auberge-h\u00f4tel \u00ab Les Arcades \u00bb, pour accueillir les vacan\u00adciers du Front Populaire, qui se rem\u00adplit de copains et de copi\u00adnes anar\u00adchis\u00adtes gr\u00e2ce aux peti\u00adtes annon\u00adces dans les jour\u00adnaux, heureux de les faire profiter de la puret\u00e9 de l\u2019air montagnard et de la beaut\u00e9 de l\u2019environnement. Les discussions \u00e9taient passionn\u00e9es. Mais cette client\u00e8le n\u2019\u00e9tait pas riche\u00a0: le plus souvent le salaire de l\u2019institutrice servait \u00e0 \u00e9quilibrer les comptes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La guerre de 39\/45 vient tr\u00e8s vite assombrir ce d\u00e9cor idyllique. D\u00e8s le d\u00e9but du conflit, leur fille, Nini, qui jouait dans la rue du village, est \u00e9cras\u00e9e par un camion militaire, au passage d\u2019un convoi. Cette disparition plonge le couple dans une d\u00e9tresse profonde et parfaitement compr\u00e9hensible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jean refu\u00adsant de partir \u00e0 la Guerre doit se cacher pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre fusill\u00e9 comme d\u00e9ser\u00adteur. Il se r\u00e9fugie dans un camp de maquisards\u00a0: il avait appris qu\u2019il \u00e9tait en t\u00eate d\u2019une liste d\u2019\u00e9ventuels otages \u00e9tablie par la Pr\u00e9fecture \u00e0 la demande des occupants. Mais, en raison de son refus de se servir d\u2019une arme, il ne participe \u00e0 aucun combat et se charge de la \u00ab\u00a0popote\u00a0\u00bb de ses compagnons. Il quitta le camp volontairement quelques semaines avant la lib\u00e9ration sans se douter qu\u2019il \u00e9chappait de peu \u00e0 la mort, le camp \u00e9tant destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre ras\u00e9 par les Allemands deux jours apr\u00e8s son d\u00e9part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nouveau probl\u00e8me au moment de la guerre en Alg\u00e9rie : l\u2019un de leur fils est en \u00e2ge d\u2019\u00eatre mobilis\u00e9 et le combat contre le militarisme doit reprendre. En 1962, \u00e9puis\u00e9 par toutes ces luttes, Jean meurt soudainement et Emilie se retrouve seule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Emilie ne d\u00e9pose pas le flambeau de la r\u00e9volte pour autant.\u00a0 Ce n\u2019est plus l\u2019arm\u00e9e maintenant qui menace directement son cadre de vie, ce sont les promoteurs projetant de faire passer une autoroute en plein milieu de la vall\u00e9e de la Clar\u00e9e, voie rapide de Fos-sur-Mer Marseille \u00e0 Turin (Italie)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est pas question pour elle de laisser saccager ce milieu naturel exceptionnel dans lequel elle \u00e9volue depuis son enfance. Le cycle militant reprend : manifestations, tracts, conf\u00e9rences\u2026 Il faut sensibiliser l\u2019opinion publique aux risques que ce projet routier absurde fait courir \u00e0 la vall\u00e9e. Trois ann\u00e9es de lutte de 1973 \u00e0 1976 avant d\u2019obtenir enfin gain de cause. Le 13 ao\u00fbt 1974, \u00c9milie Carles \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate d\u2019une manifestation \u00e0 Brian\u00e7on. Elle avait r\u00e9ussi \u00e0 y r\u00e9unir 13 tracteurs et 300 manifestants, venus de leurs villages malgr\u00e9 les heures de travail perdues en pleine saison de fenaison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0 En octobre 1975, une conf\u00e9rence de presse eut lieu \u00e0 Paris. Ce fut un nouveau succ\u00e8s pour le mouvement. \u00c9milie Carles r\u00e9pondit avec spontan\u00e9it\u00e9 et pertinence aux questions des journalistes. Elle expliqua la situation des petits cultivateurs, affirma le devoir absolu de prot\u00e9ger la nature dans cette vall\u00e9e. Peu \u00e0 peu, la protestation progressa, fit son chemin dans les milieux concern\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1976, le projet de voie rapide (\u00e9ventuelle future autoroute) fut abandonn\u00e9 et priorit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 la protection des champs, des fermes, \u00e0 la puret\u00e9 de l\u2019air, \u00e0 la beaut\u00e9 de la nature. En juillet 1992, le classement de deux communes de la vall\u00e9e de la Clar\u00e9e \u00e9tait acquis\u00a0: N\u00e9vache et Val-des-Pr\u00e9s. Deux autres communes de la vall\u00e9e voisine (vall\u00e9e de la Guisane) ont aussi \u00e9t\u00e9 class\u00e9es\u00a0: M\u00f4netiers-les-Bains, La Salle-les-Alpes. D\u00e8s lors la vall\u00e9e \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9e contre les projets risquant de la d\u00e9naturer gravement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus tardivement c&rsquo;est le classement en Natura 2000 de l&rsquo;ensemble de la vall\u00e9e de la Clar\u00e9e qui s&rsquo;est concr\u00e9tis\u00e9 dans un document d&rsquo;objectif \u00ab\u00a0CLAR\u00c9E\u00a0\u00bb DH \/ FR9301999. Pour la vall\u00e9e de la Guisane, plus artificialis\u00e9e en raison de la pr\u00e9sence de la station de ski de Serre Chevalier, ce n&rsquo;est qu&rsquo;une partie de celle-ci qui a pu int\u00e9grer le r\u00e9seau N2000 avec une troisi\u00e8me commune concern\u00e9e\u00a0: Saint-Chaffrey.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le classement de la vall\u00e9e entraine l\u2019arr\u00eat d\u00e9finitif du chantier pr\u00e9vu. \u00c2g\u00e9e de 76 ans, Emilie Carles est all\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 Paris, faire une conf\u00e9rence de presse devant les technocrates et les journalistes. Son \u00e9loquence joue pour beaucoup dans la d\u00e9cision finale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9milie Carles est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e dans son village, au milieu des siens qu\u2019elle avait tant aim\u00e9s et surtout si bien compris. Elle a fait don de son corps \u00e0 la science.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Emilie Carles, 1900-1979, une institutrice comme on en fait plus\u2026 D&rsquo;abord,.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8482,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[581],"tags":[580],"jetpack_featured_media_url":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2021\/02\/Une-soupe-aux-herbes-sauvages.jpg","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8489"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8489"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8489\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8482"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8489"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8489"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8489"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}