{"id":8272,"date":"2020-09-22T14:00:06","date_gmt":"2020-09-22T13:00:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?p=8272"},"modified":"2021-12-13T10:34:38","modified_gmt":"2021-12-13T09:34:38","slug":"jablonka-ivan-%e2%99%a6-laetitia","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/jablonka-ivan-%e2%99%a6-laetitia\/","title":{"rendered":"Jablonka Ivan &#x2666; La\u00ebtitia"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?attachment_id=8271\" rel=\"attachment wp-att-8271\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-8271\" src=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/La\u00ebtitia.jpg\" alt=\"\" width=\"185\" height=\"238\" srcset=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/La\u00ebtitia.jpg 638w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/La\u00ebtitia-233x300.jpg 233w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/La\u00ebtitia-220x283.jpg 220w\" sizes=\"(max-width: 185px) 100vw, 185px\" \/><\/a>Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, La\u00ebtitia Perrais a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9e \u00e0 50 m\u00e8tres de chez elle, avant d&rsquo;\u00eatre poignard\u00e9e et \u00e9trangl\u00e9e. Il a fallu des semaines pour retrouver son corps. Elle avait 18 ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more-->Ce fait divers s&rsquo;est transform\u00e9 en affaire d&rsquo;Etat : Nicolas Sarkozy, alors pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, a reproch\u00e9 aux juges de ne pas avoir assur\u00e9 le suivi du \u00ab\u00a0pr\u00e9sum\u00e9 coupable\u00a0\u00bb, pr\u00e9cipitant 8 000 magistrats dans la rue, en f\u00e9vrier 2011.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais La\u00ebtitia Perrais n&rsquo;est pas un fait divers. Comment peut-on r\u00e9duire la vie de quelqu&rsquo;un \u00e0 sa mort, au crime qui l&rsquo;a emport\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pendant deux ans, Ivan Jablonka a rencontr\u00e9 les proches de la jeune fille, sa s\u0153ur jumelle, ses parents, ses amis, les responsables des services sociaux, ainsi que l&rsquo;ensemble des acteurs de l&rsquo;enqu\u00eate, gendarmes, juges d&rsquo;instruction, procureurs, avocats et journalistes, avant d&rsquo;assister au proc\u00e8s du meurtrier, en octobre 2015. De cette mani\u00e8re, Ivan Jablonka a pu reconstituer l&rsquo;histoire de La\u00ebtitia. Il a \u00e9tudi\u00e9 le fait divers comme un objet d&rsquo;histoire, et la vie de La\u00ebtitia comme un fait social.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car, d\u00e8s sa plus jeune enfance, La\u00ebtitia a \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9e, accoutum\u00e9e \u00e0 vivre dans la peur, jeune fille plac\u00e9e en famille d&rsquo;accueil, avec sa jumelle Jessica, apr\u00e8s une enfance massacr\u00e9e &#8211; m\u00e8re d\u00e9pressive et p\u00e8re peu instruit, alcoolique, ayant fait quelques s\u00e9jours en prison, affectueux avec ses filles mais brutal avec leur m\u00e8re, recueillies, elle et Jessica sa s\u0153ur jumelle, par leur grand-m\u00e8re, avant d&rsquo;\u00eatre admises en famille d&rsquo;accueil chez monsieur et madame Patron\u2026Dans cette familleL elles tentent de se reconstruire esp\u00e9rant trouver un foyer aimant et reconnaissant. Elles viennent juste d&rsquo;\u00eatre majeures et suivent des cours, l&rsquo;une pour \u00eatre serveuse, l&rsquo;autre cuisini\u00e8re. \u00a0Sa route de La\u00ebtitia croise, un triste jour de janvier, celle de Tony Meilhon, brutal, violent, homme alcoolique, drogu\u00e9, voleur ayant effectu\u00e9 plusieurs s\u00e9jours en prison depuis son adolescence, mais pas encore un assassin. L&rsquo;alcool, la drogue, la frustration et la haine le font irr\u00e9sistiblement partir en vrille : il va la torturer, la rouer de coups, la poignarder, l\u2019\u00e9trangler, la d\u00e9pecer, et \u00e9parpiller son corps martyris\u00e9 dans les \u00e9tangs du pays de Retz. Le pays de Gilles de Retz, le terrible Barbe-Bleue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et ce parcours de violences \u00e9claire \u00e0 la fois sa fin tragique et notre soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re : un monde o\u00f9 les femmes se font harceler, frapper, violer, tuer. Ivan Jablonka poursuit son projet d&rsquo;exploration des fronti\u00e8res entre litt\u00e9rature, histoire et sciences sociales. Ce livre est une exp\u00e9rience d&rsquo;\u00e9criture autant qu&rsquo;une enqu\u00eate, destin\u00e9e \u00e0 rendre \u00e0 La\u00ebtitia sa singularit\u00e9 et sa dignit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Laetitia ou la fin des hommes a re\u00e7u le prix M\u00e9dicis 2016.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ce n&rsquo;est pas un r\u00e9cit lin\u00e9aire. C&rsquo;est encore moins un roman, et c&rsquo;est beaucoup plus qu&rsquo;une enqu\u00eate: c&rsquo;est une interrogation profonde, pertinente, et d\u00e9capante sur l&rsquo;espace de libert\u00e9 que nos soci\u00e9t\u00e9s in\u00e9galitaires, machistes et surm\u00e9diatis\u00e9es laissent aux petites filles pauvres pour se soustraire \u00e0 un destin tout trac\u00e9 de victimes, et sur celui qu&rsquo;elles laissent aux hommes de bonne volont\u00e9 pour faire l&rsquo;exacte lumi\u00e8re sur les actes et les \u00eatres, et pour exercer la justice malgr\u00e9 des pressions populistes \u00e9manant du pouvoir lui-m\u00eame.<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ivan Jablonka a voulu rendre justice aux unes et aux autres, redonner une place \u00e0 ces humbles enfants battues, ballot\u00e9es et martyris\u00e9es, et montrer l&rsquo;obstination et la farouche ind\u00e9pendance de ces discrets travailleurs de l&rsquo;ombre, gendarmes, juges d&rsquo;instruction, avocats, travailleurs sociaux, \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute des drames \u00e9normes de ces vies minuscules.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;auteur :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?attachment_id=8270\" rel=\"attachment wp-att-8270\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-8270 \" src=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Ivan-Jablonka.jpg\" alt=\"\" width=\"228\" height=\"342\" srcset=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Ivan-Jablonka.jpg 275w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Ivan-Jablonka-200x300.jpg 200w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Ivan-Jablonka-220x330.jpg 220w\" sizes=\"(max-width: 228px) 100vw, 228px\" \/><\/a>Ivan Jablonka<\/strong>, n\u00e9 le 23 octobre 1973 \u00e0 Paris, est un historien et \u00e9crivain fran\u00e7ais, professeur d&rsquo;histoire contemporaine \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Paris-XIII.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9 \u00e0 Paris d\u2019un p\u00e8re ing\u00e9nieur physicien et d\u2019une m\u00e8re professeur de lettres, petit-fils de Juifs polonais communistes morts \u00e0 Auschwitz, Ivan Jablonka fait ses \u00e9tudes secondaires au lyc\u00e9e Buffon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s des \u00e9tudes en kh\u00e2gne au lyc\u00e9e Henri-IV, il int\u00e8gre l&rsquo;\u00c9cole normale sup\u00e9rieure (promotion B\/L 1994) et est re\u00e7u \u00e0 l\u2019agr\u00e9gation d\u2019histoire. \u00c9l\u00e8ve d\u2019Alain Corbin et de Jean-No\u00ebl Luc \u00e0 la Sorbonne, il soutient en 2004 sa th\u00e8se de doctorat sur les enfants de l\u2019Assistance publique sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. L\u2019ann\u00e9e suivante, il est nomm\u00e9 ma\u00eetre de conf\u00e9rences en histoire contemporaine \u00e0 l\u2019universit\u00e9 du Maine, puis, en 2013 professeur \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Paris-XIII-Nord. Il a \u00e9t\u00e9 professeur invit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de New York en 2020.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a publi\u00e9 en 2004 une biographie de Jean Genet, o\u00f9 il \u00e9tudie le parcours social, politique et litt\u00e9raire de l&rsquo;\u00e9crivain, depuis l&rsquo;Assistance publique jusqu&rsquo;\u00e0 son compagnonnage pro-palestinien. Jablonka estime qu&rsquo;une lecture \u00ab\u00a0plus approfondie\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u0153uvre de Genet prouve \u00ab\u00a0une adh\u00e9sion aux valeurs nazies\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ni p\u00e8re ni m\u00e8re<\/em> (2006), est une histoire des enfants abandonn\u00e9s. Il montre que ces enfants grandissent dans les humiliations et la violence, mais que certains s\u2019int\u00e8grent et font souche dans la r\u00e9gion o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s. Ce travail s&rsquo;appuie notamment sur 400 dossiers de pupilles de la Seine, de la Somme et du Loir-et-Cher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son ouvrage <em>Enfants en exil\u00a0: transfert de pupilles r\u00e9unionnais en m\u00e9tropole (1963-1982)<\/em> publi\u00e9 en 2007, il pr\u00e9sente le d\u00e9placement de 1\u00a0630 enfants vers la m\u00e9tropole. Plus de soixante d\u00e9partements, principalement dans le Massif central et le Sud-Ouest fran\u00e7ais, ont re\u00e7u ces pupilles de la Direction d\u00e9partementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) de la R\u00e9union. L&rsquo;objectif de cette migration forc\u00e9e, orchestr\u00e9e par Michel Debr\u00e9, \u00e9tait de lutter contre la surpopulation sur l&rsquo;\u00eele et de repeupler les d\u00e9serts ruraux de la France m\u00e9tropolitaine. Pour l&rsquo;auteur, ce transfert d&rsquo;enfants n&rsquo;est pas un d\u00e9rapage, mais \u00ab\u00a0une institution r\u00e9publicaine, s\u00e9quelle du colonialisme dans la France de la V<sup>e<\/sup> R\u00e9publique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est un des fondateurs et r\u00e9dacteurs en chef de La Vie des id\u00e9es, revue en ligne n\u00e9e en 2007.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis 2009, il codirige avec Pierre Rosanvallon la collection La R\u00e9publique des id\u00e9es (\u00e9ditions du Seuil), o\u00f9 il a \u00e9dit\u00e9 des ouvrages de sociologues et d&rsquo;\u00e9conomistes comme \u00c9ric Maurin, Camille Peugny, Robert Castel, Fran\u00e7ois Dubet, Esther Duflo, Gabriel Zucman, Laurent Davezies ou Thomas Piketty.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Histoire des grands-parents que je n\u2019ai pas eus<\/em> (2012) raconte la vie et la mort de Mat\u00e8s et Idesa Jablonka, les grands-parents paternels de l\u2019auteur, depuis la Pologne jusqu\u2019\u00e0 Auschwitz en passant par l\u2019engagement dans le Parti communiste polonais, l\u2019exil en France et le r\u00e9gime de Vichy. Ce r\u00e9cit-essai, bas\u00e9 sur une vingtaine de fonds d\u2019archives et de nombreux t\u00e9moignages, tente de faire revivre les disparus entre histoire, m\u00e9moire et travail de deuil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9crivain le d\u00e9signe comme \u00ab\u00a0biographie familiale\u00a0\u00bb mais rel\u00e8ve explicitement de ce que le th\u00e9oricien de la litt\u00e9rature Dominique Viart appelle des \u00ab\u00a0R\u00e9cits de filiation\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;image de ceux qui se sont d\u00e9velopp\u00e9s en litt\u00e9rature depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 (chez des \u00e9crivains tels que Michon, Ernaux, Rouaud). Comme dans ces r\u00e9cits, l&rsquo;auteur ne livre pas seulement le trajet reconstitu\u00e9 de ses grands parents mais produit en effet aussi la narration de sa propre recherche, les \u00e9l\u00e9ments de son enqu\u00eate, ses impasses et ses d\u00e9couvertes. Publi\u00e9 aux \u00e9ditions du Seuil dans la collection de Maurice Olender \u00ab\u00a0La librairie du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb, il a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9 par Jean-Louis Jeannelle comme un \u00ab\u00a0tr\u00e8s grand livre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le grand-p\u00e8re d&rsquo;Ivan Jablonka, Mates Jablonka, est n\u00e9 le 10 f\u00e9vrier 1909 \u00e0 Parczew, Pologne. Sa grand-m\u00e8re, Idesa Jablonka (n\u00e9e Feder), est n\u00e9e le 14 mai 1914 \u00e0 Parczew, Pologne. Ils sont d\u00e9port\u00e9s par le Convoi No. 49, en date du 2 mars 1943, du Camp de Drancy vers Auschwitz. Leur derni\u00e8re adresse est le 3 rue D\u00e9sir\u00e9e dans le 20\u00e8me arrondissement de Paris.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>En camping-car<\/em>, r\u00e9cit de ses souvenirs de vacances familiales dans les ann\u00e9es 1980, se pr\u00e9sente comme une \u00ab\u00a0autobiographie avec des \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb. Jablonka consid\u00e8re que, puisque \u00ab\u00a0l\u2019historien fait partie de l\u2019histoire\u00a0\u00bb, son travail doit \u00eatre une r\u00e9flexion sur sa propre historicit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans <em>L&rsquo;histoire est une litt\u00e9rature contemporaine<\/em> (2014), \u00e0 la fois fondement th\u00e9orique de <em>Histoire des grands-parents<\/em> et \u00ab\u00a0manifeste pour les sciences sociales\u00a0\u00bb, il montre qu&rsquo;on peut concilier sciences sociales et cr\u00e9ation litt\u00e9raire. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, le chercheur peut assumer la litt\u00e9rarit\u00e9 de son texte en choisissant d'\u00a0\u00bb\u00e9crire pleinement\u00a0\u00bb. De l&rsquo;autre, l&rsquo;\u00e9crivain peut comprendre une r\u00e9alit\u00e9 pass\u00e9e ou pr\u00e9sente (p. ex. un crime), comme font Truman Capote, Annie Ernaux, Emmanuel Carr\u00e8re et les \u00e9crivains-survivants du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle (Primo Levi, Varlam Chalamov). Ce livre prolonge la r\u00e9flexion de Michel de Certeau ou Paul Veyne sur l&rsquo;\u00e9criture de l&rsquo;histoire, mais pour Jablonka toute histoire n&rsquo;est pas un \u00ab\u00a0roman vrai\u00a0\u00bb et toute litt\u00e9rature n&rsquo;est pas roman. Les sciences sociales sont plut\u00f4t du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab\u00a0\u00e9crits du r\u00e9el\u00a0\u00bb (t\u00e9moignage, grand reportage, autobiographie&#8230;), sous la forme du \u00ab\u00a0texte-recherche\u00a0\u00bb. Des outils comme la \u00ab\u00a0fiction de m\u00e9thode\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0je de m\u00e9thode\u00a0\u00bb permettent de concilier rigueur, r\u00e9flexivit\u00e9 et \u00e9criture au sein d&rsquo;une enqu\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir de 2012, Jablonka a publi\u00e9 des textes th\u00e9oriques sur les sciences sociales et la notion d\u2019enqu\u00eate, partant de l\u2019id\u00e9e que la recherche est aussi une recherche sur sa forme (r\u00e9cit, langue, mais aussi th\u00e9\u00e2tre, peinture, bande dessin\u00e9e\u2026). La r\u00e9conciliation entre cr\u00e9ation et recherche permet d\u2019inventer des \u00ab\u00a0formes nouvelles pour dire du vrai\u00a0\u00bb. S\u2019ensuit selon Jablonka une nouvelle cartographie des \u00e9critures, avec trois continents\u00a0: premi\u00e8rement le travail acad\u00e9mique, deuxi\u00e8mement le roman et enfin le \u00ab\u00a0troisi\u00e8me continent\u00a0\u00bb, constitu\u00e9 des formes nouvelles que permet l\u2019enqu\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a ainsi publi\u00e9 <em>La\u00ebtitia ou la fin des hommes<\/em> en 2016 consacr\u00e9 \u00e0 un fait divers par lequel il obtient le prix M\u00e9dicis, le prix litt\u00e9raire du Monde et le prix des prix litt\u00e9raires, mais ce livre lui vaut \u00e9galement des critiques. Lorsque le livre est adapt\u00e9 en 2020 pour France2 par le r\u00e9alisateur Jean-Xavier de Lestrade, Jablonka juge le r\u00e9sultat \u00ab\u00a0pudique et magnifique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prolongeant cette r\u00e9flexion sur les nouvelles \u00e9critures du savoir, Jablonka a publi\u00e9 une enqu\u00eate sociologique sur les m\u00e9tiers de l&rsquo;esth\u00e9tique, <em>le Corps des autres<\/em> (2015), dans la collection de Pierre Rosanvallon, \u00ab\u00a0Raconter la vie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2005, il a publi\u00e9 sous le pseudonyme d\u2019Yvan Am\u00e9ry un roman, <em>\u00c2me s\u0153ur<\/em>. Bien qu\u2019appartenant au genre de la fiction, ce livre partage des th\u00e8mes communs avec ses recherches d&rsquo;historien, comme la d\u00e9faillance parentale, la solitude des jeunes ou encore l&rsquo;exil.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2013, il fonde la collection \u00ab\u00a0La Vie des Id\u00e9es\u00a0\u00bb aux Presses universitaires de France.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Jablonka a contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire des femmes, en \u00e9tudiant la stigmatisation des \u00ab\u00a0filles-m\u00e8res\u00a0\u00bb (m\u00e8res c\u00e9libataires) au XIXe et XXe si\u00e8cles, les nombreuses violences sexuelles subies par les filles plac\u00e9es \u00e0 l\u2019Assistance publique et plus g\u00e9n\u00e9ralement le destin de celles-ci.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a aussi \u00e9tudi\u00e9 des figures de femmes peu connues ou anonymes\u00a0: par exemple, la jeune Th\u00e9r\u00e8se, une R\u00e9unionnaise devenue folle \u00e0 la suite de son transfert forc\u00e9 en m\u00e9tropole dans les ann\u00e9es 1970; sa grand-m\u00e8re Idesa Jablonka, une communiste juive assassin\u00e9e \u00e0 Auschwitz; ou La\u00ebtitia Perrais, tu\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 18 ans dans un fait divers en 2011.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la fin de son essai <em>Les Hommes Justes<\/em>, Jablonka rappelle \u00ab\u00a0tout ce que [sa] r\u00e9flexion d\u2019homme doit au f\u00e9minisme des femmes\u00a0\u00bb, avant de se dire \u00ab\u00a0f\u00e9ministe\u00a0\u00bb par solidarit\u00e9. En tout, Olympe de Gouges est cit\u00e9e 7 fois, Mary Wollstonecraft 5 fois, Hubertine Auclert 8 fois, Simone de Beauvoir 11 fois, Simone Veil 6 fois, Christine Delphy 5 fois et Monique Wittig 4 fois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;occasion de la sortie de <em>La\u00ebtitia<\/em> en 2016, consacr\u00e9e \u00e0 un f\u00e9minicide de 2011 dont fut victime une jeune femme de 18 ans, Fabienne Pascaud \u00e9crit dans <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em> que \u00ab\u00a0le f\u00e9ministe Jablonka (&#8230;) suit avec respect chaque instant de l&rsquo;existence\u00a0\u00bb de La\u00ebtitia<sup>3<\/sup>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;essai d&rsquo;Ivan Jablonka sur les nouvelles masculinit\u00e9s, <em>Des Hommes Justes<\/em> (2019), a rencontr\u00e9 un succ\u00e8s en librairie. Il a suscit\u00e9 des \u00e9loges. Ainsi le philosophe Roger-Pol Droit \u00e9crit-il dans <em>le Monde<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0La part la plus neuve du texte, la plus philosophique et la plus int\u00e9ressante aussi, est consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9thique du masculin.\u00a0\u00bb. Dans <em>L&rsquo;Humanit\u00e9<\/em>, la philosophe Cynthia Fleury consacre une chronique \u00e0 la notion de \u00ab\u00a0contre-masculinit\u00e9\u00a0\u00bb d\u00e9velopp\u00e9e par Jablonka.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s que, dans la matinale de <em>France Inter<\/em>, Nicolas Demorand et L\u00e9a Salam\u00e9 ont reproch\u00e9 \u00e0 Jablonka de critiquer la galanterie, l&rsquo;historien est d\u00e9fendu par Matilde Meslin, journaliste \u00e0 <em>T\u00e9l\u00e9rama<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Avec s\u00e9rieux, Ivan Jablonka parle de charge mentale, de plafond de verre et de sexisme dans le monde du travail. \u00ab\u00a0Les privil\u00e8ges du patriarcat sont partout\u00a0\u00bb, l\u00e2che-t-il.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les colonnes du <em>Figaro<\/em> (FigaroVox), la journaliste Eug\u00e9nie Basti\u00e9 parle d&rsquo;un \u00ab\u00a0acte de contrition f\u00e9ministe\u00a0\u00bb, estimant que refonder les masculinit\u00e9s est une \u00ab\u00a0t\u00e2che eschatologique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;autre bout de l&rsquo;\u00e9chiquier politique, l&rsquo;essai a suscit\u00e9 certaines interrogations chez des intellectuelles f\u00e9ministes. Dans <em>l\u2019Obs,<\/em> la d\u00e9put\u00e9e Cl\u00e9mentine Autain regrette que \u00ab\u00a0Jablonka ne formule pas de r\u00e9ponses passionnantes\u00a0\u00bb, mais elle conclut qu&rsquo;elle souhaite \u00ab\u00a0remercier Ivan Jablonka de son livre, qui est bel et bien un pav\u00e9 dans la mare\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u0152uvre\u00a0:<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>Les v\u00e9rit\u00e9s inavouables de Jean Genet<\/em>, \u00c9ditions du Seuil, 2004.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c2me s\u0153ur<\/em>, sous le pseudonyme d&rsquo;Yvan Am\u00e9ry, La Volte, 2005.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>Ni p\u00e8re ni m\u00e8re\u00a0: histoire des enfants de l\u2019Assistance publique (1874-1939)<\/em>, \u00c9ditions du Seuil, 2006.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>Enfants en exil\u00a0: transfert de pupilles r\u00e9unionnais en m\u00e9tropole (1963-1982)<\/em>, \u00c9ditions du Seuil, 2007.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>Jeunesse oblige\u00a0: histoire des jeunes en France (XIX<\/em><em><sup>e<\/sup>\u2009\u2013\u2009XXI<\/em><em><sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle)<\/em>, PUF, 2009.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>Les enfants de la R\u00e9publique: l&rsquo;int\u00e9gration des jeunes de 1789 \u00e0 nos jours<\/em>, \u00c9ditions du Seuil, 2010.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>Histoire des grands-parents que je n&rsquo;ai pas eus<\/em>, \u00c9ditions du Seuil, La librairie du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, Paris, 2012.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>Nouvelles perspectives sur la Shoah<\/em> (avec Annette Wieviorka), PUF, 2013.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>L\u2019enfant-Shoah<\/em>, PUF: Paris, 2014<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>Le monde au XXII\u00e8me si\u00e8cle. Utopies pour apr\u00e8s-demain<\/em>, PUF: Paris, 2014 (avec Alexis Jenni et Nicolas Delalande)<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>L\u2019histoire est une litt\u00e9rature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales<\/em>, \u00c9ditions du Seuil, La librairie du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, Paris, 2014.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>Le corps des autres<\/em>, \u00c9ditions du Seuil, Raconter la vie, 2015.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>La\u00ebtitia ou la Fin des hommes<\/em>, \u00c9ditions du Seuil, La Librairie du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, 2016. &#8211; Prix litt\u00e9raire du <em>Monde<\/em> 2016 et prix M\u00e9dicis (roman) 2016.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>En camping-car<\/em>, \u00c9ditions du Seuil, La Librairie du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, 2018. &#8211; Prix France T\u00e9l\u00e9visions 2018, cat\u00e9gorie essai.<\/li>\n<li style=\"text-align: justify;\"><em>Des hommes justes. Du patriarcat aux nouvelles masculinit\u00e9s<\/em>, \u00c9ditions du Seuil, 2019.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, La\u00ebtitia Perrais.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":8271,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[567],"tags":[565],"jetpack_featured_media_url":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/La\u00ebtitia.jpg","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8272"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8272"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8272\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/media\/8271"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8272"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8272"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8272"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}