{"id":5044,"date":"2016-03-31T07:33:42","date_gmt":"2016-03-31T06:33:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?p=5044"},"modified":"2016-04-06T15:20:02","modified_gmt":"2016-04-06T14:20:02","slug":"brink-andre-%e2%99%a6-au-dela-du-silence","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/brink-andre-%e2%99%a6-au-dela-du-silence\/","title":{"rendered":"Brink Andr\u00e9 \u2666 Au-del\u00e0 du silence"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?attachment_id=5043\" rel=\"attachment wp-att-5043\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-5043 \" src=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Au-del\u00e0-du-silence.jpg\" alt=\"Au-del\u00e0 du silence\" width=\"249\" height=\"249\" srcset=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Au-del\u00e0-du-silence.jpg 340w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Au-del\u00e0-du-silence-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Au-del\u00e0-du-silence-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Au-del\u00e0-du-silence-220x220.jpg 220w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Au-del\u00e0-du-silence-120x120.jpg 120w\" sizes=\"(max-width: 249px) 100vw, 249px\" \/><\/a>Figure de la lutte anti-apartheid, Andr\u00e9 Brink s&rsquo;attache dans ce livre publi\u00e9 en 2002 \u00e0 mettre en lumi\u00e8re un pan de l&rsquo;histoire de la colonisation de l&rsquo;Afrique australe par l&rsquo;Allemagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sud-Ouest africain, d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des hommes observent, le sang chauff\u00e9 par l&rsquo;alcool et le d\u00e9sir, l&rsquo;arriv\u00e9e de bateaux en provenance d&rsquo;Allemagne. A leur bord, des centaines de femmes engag\u00e9es aux frais de l&rsquo;Empire pour fournir aux colons allemands une \u00e9pouse, et parfois simplement de la chair.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La colonisation de l&rsquo;Afrique par l&rsquo;Allemagne, a d\u00e9but\u00e9 apr\u00e8s la cr\u00e9ation de l&rsquo;Empire en 1871, et a pris fin apr\u00e8s la Premi\u00e8re Guerre mondiale. L&rsquo;Allemagne s&rsquo;est \u00e9tablie dans diff\u00e9rents zones du continent, notamment en Afrique australe en 1883, sur le territoire de l&rsquo;actuelle Namibie. L&rsquo;arm\u00e9e a r\u00e9prim\u00e9 avec la plus grande fermet\u00e9 les soul\u00e8vements des populations locales. Le massacre des Hereros, qui a d\u00e9but\u00e9 en 1904, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le premier g\u00e9nocide XX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Hanna X, qui n\u2019a pas connu ses parents, comme pour beaucoup de ces femmes, c&rsquo;est un peu le voyage de la derni\u00e8re chance. Petite fille sans nom, ayant grandi dans la grisaille de l\u2019orphelinat des Petits-Enfants-de-J\u00e9sus de Br\u00eame, s&rsquo;accommodant bon gr\u00e9 mal gr\u00e9 de l&rsquo;\u00e9ducation s\u00e9v\u00e8re de Frau Agathe, la surveillante \u00e0 la sangle facile, (on bat constamment les enfants aux petits-Enfants-de-J\u00e9sus parce que c\u2019est un \u00e9tablissement chr\u00e9tien o\u00f9 le mal est d\u00e9fendu), et des tripotages du gros pasteur Ulrich sous pr\u00e9texte de contr\u00f4ler ses mauvaises habitudes, elle r\u00eavait \u00e0 ce qui se cache au-del\u00e0 du silence, au pays des palmiers qui voient na\u00eetre le vent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les s\u00e9vices corporels l&rsquo;endurcissent au fil des ans. Plac\u00e9e dans des familles d\u2019accueil, Hanna sert d\u2019esclave \u00e0 des bourgeoises sadiques qui tarifent \u00e0 l\u2019exc\u00e8s les menues erreurs de service, quand leurs maris paient honteusement d\u00e9sirs de voyeurs, caresses rapides et fellations \u00e0 la sauvette. Adolescente, une professeure va lui transmettre sa passion pour la lecture, trouvant dans celle-ci un moyen d&rsquo;\u00e9vasion et un d\u00e9sir de voyager pour voir d&rsquo;autres horizons, seuls moyens pour elle de transfigurer son quotidien. C\u2019est s\u00fbr elle partira loin, tr\u00e8s loin, au-del\u00e0 du silence\u2026.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle va saisir l&rsquo;opportunit\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9part pour la colonie africaine. Ces territoires nouvellement conquis sont peupl\u00e9s de pionniers et de soldats, mais les femmes y sont trop peu nombreuses. Le Reich y d\u00e9porte des ind\u00e9sirables, des femmes en marge, pauvres, d\u00e9class\u00e9es et autres bannies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fuyant la mis\u00e8re et les mauvais traitements, Hanna embarque \u00e0 bord du Hans-Woerman qui appareille depuis Hambourg pour rejoindre la Namibie, alors sous occupation allemande au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1902. Elle pense trouver en Afrique la mat\u00e9rialisation de ses r\u00eaves d&rsquo;enfant. Plusieurs dizaines de jeunes femmes, s\u00e9lectionn\u00e9es tout comme elle sont mont\u00e9es \u00e0 bord du navire affr\u00e9t\u00e9 par l&rsquo;Empire allemand. Sur le bateau, Hanna d\u00e9couvre le bonheur et la jouissance dans les bras d\u2019une jeune veuve, Lotte. Prise de force par un officier, cette derni\u00e8re se suicide et son corps est livr\u00e9 aux vagues de l\u2019Atlantique. Dans la confusion, l\u2019administration enregistre la mort d\u2019Hanna X. Malgr\u00e9 ses d\u00e9n\u00e9gations, elle ne retrouvera jamais son patronyme amput\u00e9 : elle est d\u00e9sormais Lotte Mehring, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re ma\u00eetresse aux doigts habiles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le bateau vogue de nombreuses semaines en direction de la colonie la plus m\u00e9ridionale, le Sud-Ouest africain (aujourd&rsquo;hui la Namibie) o\u00f9 l&rsquo;attendent f\u00e9brilement des centaines d&rsquo;hommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que la cargaison de femmes approche du port de Swakopmund, Hanna ne sait pas encore ce qu&rsquo;il en co\u00fbte de d\u00e9fier la gent masculine ivre de d\u00e9sirs inassouvis : C&rsquo;est un monde livr\u00e9 \u00e0 la brutalit\u00e9 coloniale et masculine qu&rsquo;elle va d\u00e9couvrir \u00e0 ses d\u00e9pens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur place, ces femmes sont r\u00e9duites \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;objet sexuel, livr\u00e9es \u00e0 la concupiscence et \u00e0 la violence des colons. Hanna X refuse cette violence : elle d\u00e9cline le mari qui lui est impos\u00e9 et tente de r\u00e9sister aux tentatives de viol d\u2018un officier lors d&rsquo;un trajet en train. Hanna commet l\u2019erreur de mordre au sang le membre que l\u2019officier Herr Hauptmann Heinrich B\u00f6hlke la contraint \u00e0 sucer. En repr\u00e9sailles, celui-ci va la laisser en p\u00e2ture \u00e0 des soldats qui vont la violer et la mutiler. Viol\u00e9e, d\u00e9figur\u00e9e (les soldats lui lac\u00e8rent le visage), Hanna refuse pourtant de se soumettre \u00e0 la loi du plus fort. Ils lui ouvrent la bouche de force, lui placent un morceau de bois entre les dents pour que la langue soit accessible et la coupe. Le sang manque l&rsquo;\u00e9touffer. Et puis ils lui coupent les t\u00e9tons et excisent les l\u00e8vres de son sexe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e du train, aucun fermier ne voudra de cette femme sans visage, oblig\u00e9e de se d\u00e9rober \u00e0 la vue de tous sous un kappie (\u00ab bonnet \u00bb). Rebut des rebuts, Hanna n\u2019a d\u2019autre solution que d\u2019accepter la r\u00e9clusion dans le couvent s\u00e9culaire de Frauenstein, au milieu du d\u00e9sert, duquel personne ne pouvait s&rsquo;\u00e9chapper. Il \u00e9tait en effet situ\u00e9 au bord d\u2019une falaise et au seuil du d\u00e9sert. Fuir c&rsquo;\u00e9tait se condamner \u00e0 mort. C\u2019est une forteresse o\u00f9 les Allemands enfermaient les femmes rebuts de la colonie, trop vieilles, laides, difformes, dont les colons n&rsquo;avaient pas voulu. Elles sont malgr\u00e9 tout viol\u00e9es par les troupes de militaires de passage, las de massacrer les Hereros, les Ovambos, les Damaras ou les Namas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sachant trop bien ce qui l\u2019attend derri\u00e8re les murs d\u2019une telle b\u00e2tisse, Hanna se laisse tomber de la charrette qui la transporte. Elle est laiss\u00e9e pour morte et abandonn\u00e9e en plein d\u00e9sert, \u00e0 l&rsquo;agonie. Elle est recueillie par une tribu nama et soign\u00e9e par les vieilles femmes du village qui avec une infinie douceur lui prodiguent des traitements ancestraux et lui apprend des rudiments de survie. Elle apprend leurs chants et leurs l\u00e9gendes ; ils lui enseignent comment vivre dans le d\u00e9sert.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa vie pass\u00e9e va lui revenir par une succession de flashbacks : son enfance et sa jeunesse \u00e0 Br\u00eame, en Allemagne, dans l\u2019orphelinat, puis en qualit\u00e9 de domestique dans des familles bourgeoises, o\u00f9 les ma\u00eetres de maison profitent \u00e9galement d&rsquo;elle, en la payant quelquefois ; la travers\u00e9e en bateau pour atteindre l&rsquo;Afrique, l&rsquo;horreur v\u00e9cue depuis son arriv\u00e9e sur ce continent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois r\u00e9tablie, les membres de la tribu conduisent Hanna au couvent s\u00e9culaire de Frauenstein. Mais les membres de la tribu se font massacrer par les soldats. La responsable du couvent leur imputant la responsabilit\u00e9 des mutilations de la jeune femme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Anna retrouve Frauenstein et son cort\u00e8ge d\u2019horreurs : massacre des Namas, concupiscence des militaires, raideur asc\u00e9tique des s\u0153urs\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un jour pourtant, Hanna X se r\u00e9veille. Une fi\u00e8vre bouillonnante monte dans ses veines quand elle devine qu\u2019une jeune pensionnaire, Katja, est sur le point de subir le m\u00eame sort qu\u2019elle. Cette fi\u00e8vre a un nom : la haine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La jeune femme organise une r\u00e9volte. Hanna part dans le d\u00e9sert accompagn\u00e9e de Katja, la jeune femme dont elle a pris la d\u00e9fense. A la t\u00eate d&rsquo;une arm\u00e9e o\u00f9 autochtones et femmes allemandes font cause commune contre le pouvoir des colons, elles entreprennent un voyage au-del\u00e0 du silence impos\u00e9 par la violence et l&rsquo;oppression.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son objectif un peu flou est d&rsquo;aller au-del\u00e0 du silence, au-del\u00e0 du d\u00e9sert, et de revenir au port o\u00f9 elle a d\u00e9barqu\u00e9e. Elles trouvent un jeune noir supplici\u00e9, Kahapa, qu&rsquo;elles sauvent d&rsquo;une mort certaine et qui les rejoint dans leur p\u00e9riple. Il ne craignait personne et l\u2019a tenue dans ses bras. Plus tard, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pec\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;autres membres s&rsquo;agr\u00e9geront \u00e0 leur groupe qui s\u00e8me la mort dans le d\u00e9sert, pour assurer sa propre survie\u00a0: Kamma qui dispensait la vie et la mort avec ses potions ; le singe triste T\u2019kamkhab et son \u00e9pouse qui bouillait int\u00e9rieurement, jouets de l\u2019arm\u00e9e d\u2019occupation ; Tookwi qui a fait venir la pluie quand ils en ont eu besoin, pluie-vache mis\u00e9ricordieuse, suivie par la furie d\u2019une pluie-taureau ; la femme de la Mort, Koo qui ne trouva jamais les ossements de son enfant et ne laissa m\u00eame pas les siens derri\u00e8re elle ; et Gisela au profil crochu, les yeux \u00e9teints, se repaissant bri\u00e8vement de violence, avant que celle-ci ne la d\u00e9passe. Ils s&rsquo;attaquent avec succ\u00e8s \u00e0 une unit\u00e9 de soldats puis \u00e0 des fortins de l&rsquo;arm\u00e9e allemande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hanna ressemble \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne qui a tant marqu\u00e9 son enfance : Jeanne d&rsquo;Arc. Elle est \u00e0 la t\u00eate de sa petite arm\u00e9e, courageuse, victorieuse, en guerre contre la violence d&rsquo;une arm\u00e9e qui s&rsquo;en prend aux noirs et aux femmes, qui les chosifient et les maltraitent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De nombreux membres du groupe perdent la vie. Seules Hanna et Katja arrivent \u00e0 Windhoek. Hanna parvient \u00e0 obtenir un rendez-vous avec l&rsquo;officier Herr Hauptmann Heinrich B\u00f6hlke qui a ordonn\u00e9 son supplice. Elle l&rsquo;humilie devant la foule mais, croisant le regard d&rsquo;une petite fille, elle d\u00e9cide de ne pas l&rsquo;ex\u00e9cuter. Elle a obtenu sa vengeance, sa haine n&rsquo;a plus lieu d&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Orpheline, officiellement inexistante (toutes les archives allemandes la concernant ont disparu pendant la seconde guerre mondiale), d\u00e9clar\u00e9e morte par erreur lors de la travers\u00e9e, bannie par l&rsquo;Empire, Hanna X est une anonyme, une inconnue qui repr\u00e9sente toutes les victimes de la colonisation de cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le silence, c&rsquo;est celui du d\u00e9sert, celui de cette femme muette, de cette existence tout \u00e0 la fois tragique et commune qui aurait d\u00fb \u00eatre oubli\u00e9e de tous. Par son \u00e9pop\u00e9e, gr\u00e2ce \u00e0 sa vindicte, Hanna rend visible sa condition de femme, expose aux yeux de tous l&rsquo;outrage accompli sur son corps et sur celui de toutes femmes envoy\u00e9es dans le Sud-ouest-Africain, mais \u00e9galement contre les peuples autochtones, peuples depuis longtemps oubli\u00e9s : Herrero, Nama, Hottentos, Ovambo.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>En r\u00e9unissant les \u00e9l\u00e9ments \u00e9pars de l&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;une femme au destin hors du commun, \u00ab\u00a0Au-del\u00e0 du silence\u00a0\u00bb donne la parole aux minorit\u00e9s souvent oubli\u00e9es de l&rsquo;Histoire.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Un roman plein de bruit et de fureur, hant\u00e9 par les images d&rsquo;un pass\u00e9 peu glorieux. Un captivant plaidoyer en faveur de la libert\u00e9<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>C\u2019est un des romans les plus durs d\u2019Andr\u00e9 Brink, dont les sujets ne sont pourtant pas des plus amusants. C\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire. Certains passages sont magnifiquement \u00e9crits. Il s\u2019agit pourtant d\u2019un captivant, terrifiant, plaidoyer pour la libert\u00e9, le respect de toute humanit\u00e9 sous toutes ses formes. Andr\u00e9 Brink parvient \u00e0 condenser en une existence toute la cruaut\u00e9 d&rsquo;une \u00e9poque et la sortir ainsi du silence. L\u2019auteur am\u00e8ne la lecture \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le pouvoir plus qu\u2019abusif, ignoble exerc\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque, mais encore de nos jours \u00e0 des degr\u00e9s plus ou moins \u00e9lev\u00e9s dans toutes les r\u00e9gions du monde, des hommes envers les femmes.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est proche par son th\u00e8me de deux romans c\u00e9l\u00e8bres \u00ab\u00a0mille femmes blanches\u00a0\u00bb de Jim Fergus et \u00ab\u00a0Certaines n&rsquo;avaient jamais vu la mer\u00a0\u00bb de Julie Otsuka.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;auteur :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?attachment_id=5042\" rel=\"attachment wp-att-5042\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-5042\" src=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Andr\u00e9-Brink.jpg\" alt=\"Andr\u00e9 Brink\" width=\"272\" height=\"284\" srcset=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Andr\u00e9-Brink.jpg 450w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Andr\u00e9-Brink-287x300.jpg 287w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Andr\u00e9-Brink-220x230.jpg 220w\" sizes=\"(max-width: 272px) 100vw, 272px\" \/><\/a>Andr\u00e9 Brink est un Afrikaner, n\u00e9 en Afrique du Sud le 29 mai 1935 \u00e0 Vrede\u00a0\u2013 une petite ville qui fut un bref moment la capitale de l&rsquo;Etat libre d&rsquo;Orange, pendant la seconde guerre des Boers, et dont le nom en n\u00e9erlandais comme en afrikaans signifie proph\u00e9tiquement \u00ab\u00a0paix \u00bb, dans une famille bourgeoise), descendants de colons boers, n\u00e9erlandais qui ont pris le pouvoir en 1948\u00a0et ont impos\u00e9 l\u2019apartheid (p\u00e8re magistrat et m\u00e8re institutrice dans un coll\u00e8ge anglophone.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a une adolescence privil\u00e9gi\u00e9e, dans un village afrikaner recul\u00e9, celle d&rsquo;un gar\u00e7on ne se posant gu\u00e8re de questions sur l&rsquo;ordre \u00e9tabli ni sur la politique de Pretoria. Un jeune homme qui avouait m\u00eame n&rsquo;avoir jamais connu le nom de la nounou noire qui l&rsquo;avait port\u00e9 sur son dos et lui avait appris la langue sotho.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il effectue la premi\u00e8re partie de ses \u00e9tudes sup\u00e9rieures (1953-1959) \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Potchefstroom (Afrique du Sud), o\u00f9 il obtient une licence, deux ma\u00eetrises (d&rsquo;afrikaans et d&rsquo;anglais) et un dipl\u00f4me d&rsquo;aptitude \u00e0 l&rsquo;enseignement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il part pour Paris et s\u2019inscrit \u00e0 La Sorbonne de 1959 \u00e0 196, o\u00f9 il poursuit ses \u00e9tudes en litt\u00e9rature compar\u00e9e. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il rencontre pour la premi\u00e8re fois des \u00e9tudiants noirs, trait\u00e9s sur un pied d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 sociale avec les autres \u00e9tudiants. Il prend alors conscience des effets n\u00e9fastes de l&rsquo;apartheid sur ses concitoyens noirs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il d\u00e9couvrira alors et adoptera la possible \u00e9galit\u00e9 entre blancs et noirs. Un second s\u00e9jour d\u2019un an de 1967 \u00e0 1968, renforcera ses convictions et durcira sa position contre la politique d&rsquo;apartheid.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il revient ensuite en Afrique du Sud, o\u00f9 il devient assistant, ma\u00eetre-assistant puis ma\u00eetre de conf\u00e9rences en litt\u00e9ratures afrikaans et hollandaise, \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 Rhodes \u00e0 Grahamstown.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1973, il fut le premier \u00e9crivain afrikaneer frapp\u00e9 par la censure en Afrique du Sud, pour son roman \u00e9<em>Au plus noir de la nuit\u00e9<\/em>, qualifi\u00e9 de roman <em>\u00abpornographique\u00bb<\/em> et qui s\u2019attaquait au tabou absolu des relations sexuelles interraciales, formellement interdites par les lois d\u2019apartheid. D\u00e8s ses premi\u00e8res \u0153uvres, au titre parfois provoquant comme <em>Orgie<\/em>, il s&rsquo;attire la r\u00e9probation des milieux conservateurs sud-africains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1975, il devient docteur \u00e8s lettres de l&rsquo;universit\u00e9 Rhodes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1980, il obtient le prix M\u00e9dicis pour son roman \u00ab\u00a0Une saison s\u00e8che et blanche\u00a0\u00bb, publi\u00e9 en 1979 et imm\u00e9diatement interdit en Afrique du Sud. Ce roman raconte l\u2019histoire d\u2019un Sud-Africain blanc qui se lance dans une enqu\u00eate pour conna\u00eetre le sort r\u00e9el de deux amis noirs, un p\u00e8re et un fils morts pour avoir contest\u00e9 le r\u00e9gime d\u2019apartheid.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De 1980 \u00e0 1990, il fut professeur d&rsquo;anglais \u00e0 Rhodes, puis en 1985, docteur <em>honoris causa<\/em> \u00e8s lettres de l&rsquo;universit\u00e9 du Witwatersrand \u00e0 Johannesburg.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis 1991 est professeur d&rsquo;anglais \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 du Cap.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2009, Brink publie un livre de m\u00e9moires intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Mes bifurcations<\/em>\u00a0\u00bb dans lequel il tire un bilan assez sombre des 15 premi\u00e8res ann\u00e9es postapartheid, notant que la libert\u00e9 ch\u00e8rement acquise n\u2019a pas exorcis\u00e9 tous les d\u00e9mons de son pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ami de Nelson Mandela, un infatigable d\u00e9fenseur des droits humains et surtout l&rsquo;un des plus grands romanciers sud-africains, Andr\u00e9 Brink est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 6 f\u00e9vrier 2015, dans un avion entre Amsterdam et Le Cap alors qu&rsquo;il venait d&rsquo;\u00eatre nomm\u00e9 docteur <em>honoris causa<\/em> de l&rsquo;Universit\u00e9 catholique de Louvain, en Belgique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a \u00e9crit indiff\u00e9remment en Afrikaans et en Anglais de nombreux romans, quelques essais et a traduit des classiques qui lui tenaient \u00e0 c\u0153ur en afrikaans\u00a0: Saint-Exup\u00e9ry, Shakespeare, Cervant\u00e8s, Lewis Carroll, Georges Simenon, Albert Camus et Marguerite Duras.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ses \u0153uvres traitent le plus souvent de la s\u00e9gr\u00e9gation et des diverses attitudes dans un tel environnement, mais, depuis la fin de l\u2019apartheid, la situation actuelle n\u2019est pas sans l\u2019inspirer \u00e9galement. Qu&rsquo;il se serve d\u2019un contexte historique ou qu&rsquo;il aborde de nouveaux sujets, ceux qui pensaient que son inspiration ne survivrait pas \u00e0 ce nouvel environnement politico social se sont tromp\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs fois nomin\u00e9 pour le Nobel de Litt\u00e9rature mais jamais prim\u00e9, il avait re\u00e7u plusieurs prix prestigieux dans son pays et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, dont le Prix Medicis \u00e9tranger en 1980 pour <em>Une saison blanche et s\u00e8che<\/em>.<\/p>\n<p>Ses liens avec la France remontaient \u00e0 ses \u00e9tudes \u00e0 la Sorbonne entre 1959 et 1961, o\u00f9 il avait obtenu un dipl\u00f4me de litt\u00e9rature compar\u00e9e. Il avait \u00e9galement re\u00e7u la l\u00e9gion d\u2019honneur, en 1983.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Figure de la lutte anti-apartheid, Andr\u00e9 Brink s&rsquo;attache dans ce livre.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":5043,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[319],"tags":[325],"jetpack_featured_media_url":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2016\/03\/Au-del\u00e0-du-silence.jpg","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5044"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5044"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5044\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5043"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5044"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5044"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5044"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}