{"id":4182,"date":"2014-11-25T13:51:35","date_gmt":"2014-11-25T12:51:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?p=4182"},"modified":"2014-11-25T14:05:13","modified_gmt":"2014-11-25T13:05:13","slug":"foenkinos-david-%e2%99%a6-charlotte","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/foenkinos-david-%e2%99%a6-charlotte\/","title":{"rendered":"Foenkinos David \u2666 Charlotte"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?attachment_id=4173\" rel=\"attachment wp-att-4173\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignright wp-image-4173 size-full\" src=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Charlotte.jpg\" alt=\"Charlotte\" width=\"215\" height=\"284\" \/><\/a>Comment ne pas \u00eatre \u00e9mu, touch\u00e9, boulevers\u00e9 par ce r\u00e9cit retra\u00e7ant la vie de <a href=\"http:\/\/www.babelio.com\/auteur\/Charlotte-Salomon\/165580\">Charlotte Salomon<\/a>, n\u00e9e en 1917 dans une famille juive de Berlin, r\u00e9fugi\u00e9e dans le sud de la France peu apr\u00e8s la nuit de cristal fin 1938\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Nuit de Cristal (en allemand <em>Reichskristallnacht<\/em>) est le <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pogrom\">pogrom<\/a> contre les Juifs du Troisi\u00e8me Reich qui se d\u00e9roula dans la nuit du <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/9_novembre\">9 novembre<\/a> au <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/10_novembre\">10<\/a> <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Novembre_1938\">novembre<\/a> <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1938\">1938<\/a> et dans la journ\u00e9e qui suivit. Sa vie s&rsquo;inscrit entre les deux grandes guerres du XX\u00e8me si\u00e8cle : Berlin, 1917 &#8211; Auschwitz, 1943.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">David Foenkinos commence son r\u00e9cit avant la naissance de son h\u00e9ro\u00efne, en racontant le secret qu&rsquo;elle-m\u00eame n&rsquo;apprendra qu&rsquo;en 1940, lorsque sa grand-m\u00e8re aura essay\u00e9 de se pendre. Charlotte ignorait en effet que sa m\u00e8re, morte quand elle avait 10 ans, s&rsquo;\u00e9tait suicid\u00e9e. Et avant elle, sa s\u0153ur, mais aussi leur grand-m\u00e8re, leur oncle et d&rsquo;autres encore.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fille d&rsquo;un chirurgien renomm\u00e9, Charlotte qui avait re\u00e7u ce pr\u00e9nom en hommage \u00e0 la s\u0153ur de sa m\u00e8re Franziska qui s\u2019est suicid\u00e9e, grandit. (Un soir de novembre\u00a01913, sans un mot d\u2019explication, sans raison apparente, cette premi\u00e8re Charlotte avait quitt\u00e9 le domicile familial, \u00e0 Berlin, pour aller se jeter du haut d\u2019un pont dans l\u2019eau glaciale. Un suicide qui en suivait d\u2019autres dans la famille).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s le suicide de sa m\u00e8re, son p\u00e8re se remarie avec Paula une c\u00e9l\u00e8bre cantatrice. Adolescente introvertie, hant\u00e9e par les suicides qui frappent les siens \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration, elle se d\u00e9couvre une passion pour la peinture qui ne la quittera plus. Elle r\u00e9ussit \u00e0 entrer \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole des Beaux-Arts, gr\u00e2ce au 1% de \u00ab\u00a0juifs tol\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 la mont\u00e9e du nazisme est de plus en plus forte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oblig\u00e9e de fuir ce r\u00e9gime totalitaire qui accentue chaque jour un peu plus sa domination, elle quitte \u00e0 contre c\u0153ur un amour passionnel avec un homme dont elle n&rsquo;aura de cesse de dessiner son portrait de m\u00e9moire par la suite et rejoint ses grands-parents \u00e0 Villefranche-sur-Mer, dans le sud de la France. Elle d\u00e9bute alors une intense p\u00e9riode cr\u00e9atrice, encourag\u00e9e par ses amis, elle peint, dessine, \u00e9crit sa vie, ses souvenirs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;entre 1940 et 1942, elle devient une artiste totale, chantant, peignant, \u00e9crivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La v\u00e9rit\u00e9 sur la mort de sa maman fut un traumatisme pour elle. Elle se mit alors \u00e0 peindre plus de 1300 gouaches, et ce travail lui conserva l\u2019\u00e9quilibre mental et la vie, au moins pour un temps, dans un monde abandonn\u00e9 \u00e0 la folie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s un internement avec son grand-p\u00e8re au camp de Gurs, par la police fran\u00e7aise, elle s\u00e9lectionna environ 800 (759) gouaches, accompagn\u00e9es de textes et de partitions musicales, peut-\u00eatre les airs que lui jouait sa m\u00e8re au piano lorsqu&rsquo;elle \u00e9tait petite fille et ceux que chantait Paula, la seconde femme de son p\u00e8re, cantatrice, et r\u00e9alisera une trilogie sous le titre\u00a0: \u00ab Leben? Oder Theater ? \u00bb = Vie ? ou Th\u00e9\u00e2tre ?, aujourd&rsquo;hui expos\u00e9es au mus\u00e9e juif d&rsquo;Amsterdam.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un cheminement fulgurant de 1325 gouaches, depuis la premi\u00e8re image, celle du suicide de sa tante en 1913, dont elle porte le pr\u00e9nom, jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re, celle o\u00f9, en 1940, elle choisit de vivre, de devenir artiste et se repr\u00e9sente, face \u00e0 la mer, qui peint un tableau vide (la mer), portant sur son corps le titre de sa pi\u00e8ce : \u201c<em>Leben? oder Theater<\/em> ?\u201d. On revient au d\u00e9but.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce tr\u00e8s bel ouvrage exposant le destin de la jeune fille surdou\u00e9e, de la renferm\u00e9e, de l&rsquo;artiste hant\u00e9e, de l&rsquo;amoureuse est divis\u00e9 en trois parties\u00a0: Le Pr\u00e9lude montre des sc\u00e8nes admirablement d\u00e9taill\u00e9es de l\u2019enfance de Charlotte \u00e0 Berlin. La Partie principale est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Alfred Wolfsohn, le professeur de chant de sa belle-m\u00e8re (et probablement le premier amour de Charlotte), elle note ses id\u00e9es au sujet de l\u2019art et de l\u2019\u00e2me. L\u2019Epilogue est consacr\u00e9 \u00e0 sa vie sur la C\u00f4te d\u2019Azur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le style varie consid\u00e9rablement. Les premi\u00e8res peintures sont extr\u00eamement color\u00e9es et montre une extraordinaire m\u00e9moire des lieux de son enfance. Puis la peinture devient de plus en plus abstraite, alors que les sujets passent des souvenirs mat\u00e9riels \u00e0 des impressions plus complexes. La diff\u00e9rence entre les peintures du suicide de sa m\u00e8re (imagin\u00e9) et de celui de sa grand-m\u00e8re (v\u00e9cu) est celle entre la sensation de perte d\u2019une enfant et la peine d\u2019une adulte bless\u00e9e. La premi\u00e8re, d\u00e9licatement peinte, est belle malgr\u00e9 le sujet, la derni\u00e8re transpire la douleur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fausse autobiographie, mais autobiographie quand m\u00eame, c&rsquo;est difficile d&rsquo;en parler. Il y a tout et de tout, on dirait aujourd&rsquo;hui multim\u00e9dia. La musique, la peinture, les mots, une multitude de personnages, des musiciens, des cantatrices, la nature, de la lumi\u00e8re, du sombre, beaucoup de fen\u00eatres, beaucoup de suicides cach\u00e9s ou v\u00e9cus (de la tante, de la m\u00e8re, puis de la grand-m\u00e8re ne supportant plus les deux suicides pr\u00e9c\u00e9dents (ses deux filles). Charlotte peint tout, la nature, les appartements, les voyages, les discussions, les th\u00e9ories, les naissances, les mariages, les suicides r\u00e9v\u00e9l\u00e9s ou non, l&rsquo;op\u00e9ra, se met en sc\u00e8ne elle-m\u00eame sous un autre nom. C&rsquo;est tragique, m\u00e9lancolique, cauchemardesque, plein de r\u00eave. Les corps ondulent, se tordent, se disloquent, s&rsquo;allongent comme dauphins en f\u00eate et cha\u00eenes de destins&#8230; Les mots aussi prennent corps, peints comme signes, coups de pinceaux comme autant de coups de poignard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1943, elle fut d\u00e9nonc\u00e9e, arr\u00eat\u00e9e, d\u00e9port\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 26 ans et enceinte de quatre mois \u00e0 Drancy puis \u00e0 Auschwitz, o\u00f9 elle meurt le 10 octobre dans les chambres \u00e0 gaz. Avant de partir, elle avait confi\u00e9 ses toiles \u00e0 son m\u00e9decin en lui disant :\u00a0\u00bbC&rsquo;est toute ma vie\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s la guerre, son p\u00e8re qui a surv\u00e9cu en exil aux Pays-Bas, retrouve l&rsquo;\u0153uvre de Charlotte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est ainsi que soixante ans plus tard, le jeune romancier <a href=\"http:\/\/plus.lefigaro.fr\/tag\/david-foenkinos\">David Foenkinos<\/a> la d\u00e9couvre, alors qu&rsquo;elle est expos\u00e9e \u00e0 Berlin. Il exprime ce qu&rsquo;il a ressenti en faisant sa connaissance \u00e0 travers sa peinture. Elle l&rsquo;obs\u00e9dait et il a ressenti le besoin de mener l&rsquo;enqu\u00eate, de reconstituer son parcours, de la suivre pas \u00e0 pas. Il voulait lui consacrer un livre. Mais la passion qu&rsquo;il avait pour son sujet le submergeait. Il ne parvenait pas \u00e0 \u00e9crire deux phrases d&rsquo;affil\u00e9e. Foudroy\u00e9 par l&rsquo;art de Charlotte Salomon, David Foenkinos a mis huit ans \u00e0 \u00e9crire le roman, \u00e0 trouver le ton et la forme juste, \u00e0 la fois effray\u00e9 par le sujet et saisi par la peur de ne pas rendre honneur \u00e0 l&rsquo;artiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Charlotte est aussi le r\u00e9cit d&rsquo;une qu\u00eate. Celle d&rsquo;un \u00e9crivain hant\u00e9 par une artiste, et qui part \u00e0 sa recherche. <a href=\"http:\/\/www.babelio.com\/auteur\/David-Foenkinos\/8100\">David Foenkinos <\/a>lui rend, en vers libres, un magnifique hommage. Ces courtes phrases, ponctu\u00e9es chaque fois d\u2019un point\u2026 qui induit un rythme sont une formidable id\u00e9e. Tr\u00e8s belle id\u00e9e d\u2019inciter le lecteur \u00e0 une lenteur dans la lecture, en optant pour une certaine respiration. En r\u00e9alit\u00e9 l&rsquo;auteur nous explicite ce besoin r\u00e9gulier de point \u00e0 chaque phrase, pour reprendre sa propre respiration&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Charlotte\u00a0<\/em>est le treizi\u00e8me roman de David Foenkinos\u00a0: Prix Renaudot 2014<em> &#8211; <\/em>27<sup>\u00e8me<\/sup> Prix Goncourt des lyc\u00e9ens 2014<\/strong>. Les \u00e9l\u00e8ves de 57 lyc\u00e9es ont s\u00e9lectionn\u00e9 ce livre parmi 15 autres ouvrages en comp\u00e9tition, qui figuraient dans la premi\u00e8re s\u00e9lection du Goncourt. \u00abCharlotte\u00bb l&rsquo;a emport\u00e9 devant \u00abOn ne voyait que le bonheur\u00bb (JC Latt\u00e8s), de Gr\u00e9goire Delacourt, et \u00abL&rsquo;amour et les for\u00eats\u00bb (Gallimard), d&rsquo;Eric Reinhardt, a indiqu\u00e9 le jury.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?attachment_id=4184\" rel=\"attachment wp-att-4184\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-4184\" src=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Charlotte-Salomon.jpg\" alt=\"Charlotte Salomon\" width=\"172\" height=\"188\" srcset=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Charlotte-Salomon.jpg 917w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Charlotte-Salomon-275x300.jpg 275w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Charlotte-Salomon-220x239.jpg 220w\" sizes=\"(max-width: 172px) 100vw, 172px\" \/><\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0\u00a0 Charlotte Salomon<\/strong>, n\u00e9e \u00e0 Berlin le 16 avril 1917 et morte en 10 octobre 1943 \u00e0 Auschwitz est une artiste plasticienne et peintre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Charlotte Salomon grandit dans une famille juive allemande ais\u00e9e. Son p\u00e8re \u00e9tait m\u00e9decin et professeur \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Berlin et sa m\u00e8re se suicida en 1926, alors que Charlotte avait 9 ans. Quand elle en eut 12, son p\u00e8re \u00e9pousa Paula Lindberg, surnomm\u00e9e Paulinka, une chanteuse lyrique, en secondes noces. Charlotte \u00e9tait une enfant timide et morose. Sa relation avec Paulinka \u00e9tait complexe. La famille \u00e9tant de confession juive, Charlotte connut des difficult\u00e9s en Allemagne apr\u00e8s l&rsquo;accession des nazis au pouvoir en 1933. Son p\u00e8re n&rsquo;eut plus le droit d&rsquo;exercer sa profession de m\u00e9decin et fut intern\u00e9 dans le camp de concentration de Sachsenhausen d\u00e8s 1936.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Charlotte Salomon, que tous ces \u00e9v\u00e9nements avaient plong\u00e9e dans une crise profonde, se remit alors \u00e0 peindre pour lutter contre le d\u00e9sespoir. Elle se consacra entre 1940 et 1942 \u00e0 son \u0153uvre autobiographique \u00ab\u00a0Leben? oder Theater?\u00a0\u00bb, et peignit ainsi en 18 mois plusieurs centaines de gouaches r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 partir des trois seules couleurs primaires\u00a0: rouge, jaune et bleu. Ces tableaux montrent sa famille et ses amis, mettent en sc\u00e8ne son enfance et sa jeunesse mais aussi les \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;elle a travers\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La majeure partie de son \u0153uvre traite de la conscience f\u00e9minine\u00a0: de celle de sa m\u00e8re, dont elle a d\u00fb compl\u00e8tement r\u00e9-imaginer la vie, de celle de sa grand-m\u00e8re qu\u2019elle a essay\u00e9 de conserver. Elle juxtapose des souvenirs de sa propre enfance avec le fardeau de sa m\u00e8re, avec la douleur de sa grand-m\u00e8re qui a perdu ses deux filles, et avec son appr\u00e9hension du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon les autorit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque, le suicide \u00e9tait attribu\u00e9 \u00e0 la folie, et la folie \u00e0 une faiblesse. Ce que Charlotte rejetait. Pour elle, sa grand-m\u00e8re \u00e9tait un esprit atrophi\u00e9 par manque d\u2019amour et d\u2019engagement dans la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ses peintures, Charlotte cherche \u00e0 sauver sa grand-m\u00e8re par l\u2019art et la beaut\u00e9, lui vantant l\u2019amour du soleil et des fleurs, afin de cultiver en elle l\u2019envie de vivre. Mais elle \u00e9choue. Elle r\u00e9alise avec une \u00e9tonnante perspicacit\u00e9 la cruaut\u00e9 du monde envers les femmes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette histoire insistera sur les malheurs des femmes et les horreurs de la guerre, mais pas sur des tares g\u00e9n\u00e9tiques. Pour Charlotte, le suicide \u00e9tait un double menace\u00a0: non seulement l\u2019h\u00e9ritage maternel, mais l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit d\u2019une communaut\u00e9 en exil\u00a0: soit le suicide soit assister au massacre de son peuple ou de sa nation<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est une \u0153uvre complexe qui s&rsquo;accompagne aussi de textes et de musique. Les textes sont simples, truff\u00e9s de citations de la litt\u00e9rature allemande, Charlotte Salomon les int\u00e8gre dans ses tableaux, un peu comme dans une bande dessin\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1943, Charlotte \u00e9pouse un \u00e9migr\u00e9 autrichien, Alexander Nagler. Lorsque les troupes nazies occupent le sud de la France, Charlotte et son mari sont d\u00e9nonc\u00e9s et d\u00e9port\u00e9s de la gare de Bobigny vers Auschwitz o\u00f9 Charlotte, enceinte, sera tr\u00e8s vite \u00e9limin\u00e9e. Peu avant sa d\u00e9portation, elle confiait les gouaches de \u00ab\u00a0Leben? oder Theater?\u00a0\u00bb \u00e0 un ami proche avec ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Gardez-les bien, c\u2019est toute ma vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis 1975, c&rsquo;est le mus\u00e9e juif d&rsquo;Amsterdam qui d\u00e9tient cette \u0153uvre d\u2019art autobiographique et unique en son genre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;auteur :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/?attachment_id=4174\" rel=\"attachment wp-att-4174\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft wp-image-4174\" src=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/David-Foenkinos.jpg\" alt=\"David Foenkinos\" width=\"301\" height=\"303\" srcset=\"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/David-Foenkinos.jpg 425w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/David-Foenkinos-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/David-Foenkinos-297x300.jpg 297w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/David-Foenkinos-220x222.jpg 220w, http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/David-Foenkinos-120x120.jpg 120w\" sizes=\"(max-width: 301px) 100vw, 301px\" \/><\/a>David Foenkinos, n\u00e9 le 28 octobre 1974 \u00e0 Paris en France, est un romancier fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s des \u00e9tudes de lettres \u00e0 la Sorbonne et une formation de jazz, David Foenkinos devient professeur de guitare. Il publie par ailleurs plusieurs romans, dont \u00ab\u00a0Inversion de l&rsquo;idiotie, de l&rsquo;influence de deux Polonais\u00a0\u00bb, prix Fran\u00e7ois Mauriac en 2001, \u00ab\u00a0Entre les oreilles\u00a0\u00bb en 2002 et\u00a0\u00ab\u00a0Le Potentiel \u00e9rotique de ma femme\u00a0\u00bb en 2004 chez Gallimard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourtant, le jeune p\u00e8re de famille ne songe pas une seconde \u00e0 reprendre son boulot d&rsquo;attach\u00e9 de presse dans&#8230; l&rsquo;\u00e9dition. \u00ab\u00a0En fait, je d\u00e9testais ce travail, avoue le Parisien. C&rsquo;est le hasard &#8211; je devais effectuer un stage dans le cadre de mes \u00e9tudes &#8211; qui m&rsquo;a fait entrer chez Latt\u00e8s. Puis tout s&rsquo;est encha\u00een\u00e9, Fayard, Le Rocher, Albin Michel, Le Dilettante. J&rsquo;ai fini par d\u00e9missionner, en 2001. En juillet, Jean-Marie Laclavetine, \u00e9diteur chez Gallimard, accepte le manuscrit que j&rsquo;ai envoy\u00e9 par la poste. Et, en 2003, je suis laur\u00e9at de la Fondation Hachette. 25 000 euros ! Cela a chang\u00e9 ma vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des ann\u00e9es plus t\u00f4t, c&rsquo;est une grave infection qui bouleverse le destin de ce fils de pieds-noirs employ\u00e9s du ciel (sa m\u00e8re travaille \u00e0 Air France, son p\u00e8re dans une tour de contr\u00f4le). Vers les 16 ans, une intense br\u00fblure interne le fait suffoquer. Radio. Le m\u00e9decin n&rsquo;en croit pas ses yeux : le jeune homme est atteint d&rsquo;une maladie de la pl\u00e8vre qui touche principalement les septuag\u00e9naires. Op\u00e9ration en urgence et alitement prolong\u00e9 qui eut une double &#8211; et louable &#8211; cons\u00e9quence. \u00ab\u00a0Alors que je n&rsquo;avais rien lu jusque-l\u00e0, je me suis mis \u00e0 d\u00e9vorer les livres, puis \u00e0 peindre, \u00e0 jouer de la guitare&#8230; La connaissance de l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re et la conscience de ce qui passe, de ce qui \u00e9chappe ont aiguis\u00e9 mon app\u00e9tit.\u00a0\u00bb Et son sens de l&rsquo;humour et de la d\u00e9rision, pourraient ajouter ses lecteurs avertis. Ouverture \u00e0 la vie et&#8230; aux personnes \u00e2g\u00e9es. \u00ab\u00a0Je pense aujourd&rsquo;hui que ma tendresse pour la vieillesse et les anciens date de cette \u00e9poque. Ma maladie de vieux nous a rapproch\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 ses airs de Pierrot lunaire, Foenkinos n&rsquo;a rien d&rsquo;un dilettante. Elev\u00e9 dans la plus grande libert\u00e9 par des parents souvent absents, le jeune boucl\u00e9 se fixe des r\u00e8gles, \u00e9crit tous les jours, multiplie les romans, part \u00e0 la rencontre de ses lecteurs en province, court les soir\u00e9es \u00e0 Paris avec son copain Florian Zeller, essuie des \u00e9checs (manuscrits refus\u00e9s, projets de th\u00e9\u00e2tre avort\u00e9s), rebondit toujours. En 2009, pouss\u00e9 par son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, St\u00e9phane, directeur de casting, il d\u00e9cide d&rsquo;adapter l&rsquo;un de ses propres romans : \u00ab\u00a0Pour la premi\u00e8re fois, je n&rsquo;avais pas envie de quitter mes personnages ni que quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre s&rsquo;en empare.\u00a0\u00bb C&rsquo;est ainsi que la belle veuve Nathalie de <em>La D\u00e9licatesse<\/em> se retrouve sous les traits d&rsquo;Audrey Tautou et que Fran\u00e7ois Damiens, dit Fran\u00e7ois l&rsquo;Embrouille, le roi de la cam\u00e9ra cach\u00e9e, rev\u00eat les habits de Markus, le coll\u00e8gue su\u00e9dois enamour\u00e9 &#8211; un casting que l&rsquo;on admirera, ou pas, \u00e0 partir du 21 d\u00e9cembre. \u00ab\u00a0Avec le seul nom d&rsquo;Audrey Tautou, nous avons pr\u00e9vendu le film dans 22 pays, s&rsquo;enthousiasme le n\u00e9o-cor\u00e9alisateur (avec son fr\u00e8re). C&rsquo;est une actrice extraordinaire, intelligente, respectueuse, impressionnante&#8230;\u00a0\u00bb Finalement, Foenkinos n&rsquo;aime pas que les visages rid\u00e9s&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En quelques ann\u00e9es, il a r\u00e9ussi \u00e0 cr\u00e9er un univers singulier, \u00e0 la fois burlesque et \u00e9mouvant. Il est aujourd&rsquo;hui consid\u00e9r\u00e9 comme l&rsquo;un des meilleurs \u00e9crivains de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Ses romans sont traduits \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, dans une quinzaine de langues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9crivain est appr\u00e9ci\u00e9 pour ses textes empreints de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et d&rsquo;humour. \u00c9galement sc\u00e9nariste, il co\u00e9crit avec Jacques Doillon \u00ab\u00a0Trop (peu) d&rsquo;amour\u00a0\u00bb et adapte pour le th\u00e9\u00e2tre la pi\u00e8ce \u00ab\u00a0Messie\u00a0\u00bb, de Martin Sherman. Il est par ailleurs \u00e0 l&rsquo;origine du sc\u00e9nario d&rsquo;une bande dessin\u00e9e, premier volet d&rsquo;une trilogie intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Pourquoi tant d&rsquo;amour ?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2005, alors que para\u00eet chez Flammarion \u00ab\u00a0En cas de bonheur\u00a0\u00bb, il participe \u00e0 la r\u00e9alisation d&rsquo;un court m\u00e9trage \u00ab\u00a0Une Histoire de Pieds\u00a0\u00bb avec son fr\u00e8re St\u00e9phane avant de publier \u00ab\u00a0Les C\u0153urs autonomes\u00a0\u00bb en 2006 chez Grasset et \u00ab\u00a0Qui se souvient de David Foenkinos\u00a0? en 2007 chez Gallimard. Le livre re\u00e7oit le prix Giono.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s \u00ab\u00a0Nos s\u00e9parations\u00a0\u00bb, chez Gallimard en 2008, Foenkinos d\u00e9croche en 2010 le prix Conversation et le prix des Dunes avec son roman \u00ab\u00a0La D\u00e9licatesse\u00a0\u00bb, publi\u00e9 aussi chez Gallimard en 2009. La m\u00eame ann\u00e9e, les \u00c9ditions du Moteur publient \u00ab\u00a0Bernard\u00a0\u00bb, tandis que Plon \u00e9dite \u00ab\u00a0Lennon\u00a0\u00bb, un ouvrage dans lequel l&rsquo;auteur (et fan) se met dans la peau du Beatles assassin\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Suivent en 2011 \u00ab\u00a0Le petit gar\u00e7on qui disait toujours non\u00a0\u00bb chez Albin Michel et \u00ab\u00a0Les Souvenirs\u00a0\u00bb, pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la rentr\u00e9e litt\u00e9raire par Gallimard. La fin de l&rsquo;ann\u00e9e 2011 voit \u00e9galement arriver dans les salles fran\u00e7aises l&rsquo;adaptation du roman \u00ab\u00a0La D\u00e9licatesse\u00a0\u00bb, avec \u00e0 l&rsquo;affiche Audrey Tautou et Fran\u00e7ois Damiens. Un film r\u00e9alis\u00e9 par David Foenkinos lui-m\u00eame, accompagn\u00e9 de son fr\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">David Foenkinos est le jeune auteur qui ne cesse de monter depuis son roman, Le potentiel \u00e9rotique de ma femme. Sa marque de fabrique ? Il sait raconter comme personne des histoires d&rsquo;amour avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, humour et autod\u00e9rision car son narrateur \u00e0 moins que ce ne soit l&rsquo;auteur lui-m\u00eame, est souvent pris dans des complications hautement psychologiques. Foenkinos est un excellent fabricant de com\u00e9dies sentimentales.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment ne pas \u00eatre \u00e9mu, touch\u00e9, boulevers\u00e9 par ce r\u00e9cit retra\u00e7ant.<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4173,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[268],"tags":[76],"jetpack_featured_media_url":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-content\/uploads\/2014\/11\/Charlotte.jpg","_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4182"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4182"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4182\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4173"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4182"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4182"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.e-cartable.fr\/vasa-lecture\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4182"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}